« Quatrevingt-treize » de Victor Hugo

Un grand roman sur la Terreur et la contre révolution vendéenne
« Quatrevingt-treize » de Victor Hugo

« Quatrevingt-treize » est le dernier roman de Victor Hugo. L’action se déroule vers 1793.

Paru en 1874, il a pour toile de fond les plus terribles années de la Révolution française : la Terreur. Hugo expose sa réflexion sur la Révolution française en faisant implicitement référence à la Commune de Paris de 1871. Voulant en présenter un tableau saisissant, il choisi le moment où la Convention, déjà décimée par l’échafaud des

girondins, abdique entre les mains de Robespierre et de Danton, qui vont s’entre-tuer, et où le royalisme, profitant de ces discordes néfastes, va jouer en Vendée sa dernière partie.
Hugo, bien que profondément républicain, expose avec une égale rigueur les crimes des deux camps. Il écrit en 1854 :« Moi, si je fais

ais l’histoire de la Révolution (et je la ferai), je dirais tous les crimes des révolutionnaires, seulement je dirais quels sont les vrais coupables, ce sont les crimes de la monarchie ».

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Résumé succinct
L’histoire débute avec le débarquement en Bretagne (dans la baie du Mont Saint Michel) du marquis de Lantenac, prenant la tête de la révolte contre-révolutionnaire (de la « Vendée » au sens large de tout l’ouest) contre les partisans de la République. Il sera traqué par les révolutionnaires, et en particulier par son neveu, Gauvain.
Le marquis de Lantenac incarne l’Ancien Régime, celui de la Tradition et de l’absolutisme monarchique et clérical, tandis que son neveu incarne le modernisme et l’idéalisme révolutionnaire et républicain. L’épopée se poursuit au milieu des sacs de villages, des fermes incendiées, des femmes éventrées ou fusillées, des horreurs commises de part et d’autre.
Un troisième personnage : Cimourdain, l’envoyé du comité de salut public, ancien prêtre, fut appointé par Lantenac pour être le précepteur de Gauvain, à qui il a transmis son idéal républicain. Autant Gauvain incarne la République dans sa magnanimité, sa fraternité. Autant Cimourdain représente la face inflexible de la Révolution, et poursuit un idéal de justice impitoyable.
Un dialogue entre Gauvain et Cimourdain est bien représentatif de ces deux personnages : « Ô mon maître, voici la différence entre nos deux utopies. Vous voulez la caserne obligatoire, moi, je veux l’école. Vous rêvez l’homme soldat, je rêve l’homme citoyen. Vous le voulez terrible, je le veux pensif. Vous fondez une république de glaives, je fonde… Je fonderai une république d’esprits. »
Deux parties du roman sont particulièrement fortes.
La première raconte une rencontre, imaginaire, entre trois grandes figures de la révolution française, Marat, Danton et Robespierre.

« A nous trois nous représentons la Révolution. Nous sommes les trois têtes de Cerbère. De ces trois têtes, l’une parle, c’est vous, Robespierre ; l’autre rugit, c’est vous, Danton…L’autre mord, dit Danton, c’est vous, Marat. Toutes trois mordent, dit Robespierre. »

La seconde décrit en détail une séance de l’assemblée de la Convention. Pour Hugo c’est là que se construit l’avenir, l’utopie républicaine.
Quatre-vingt-treize, est construit comme une épopée.
Ces trois personnages, liés par leurs liens familiaux, se retrouvent, se croisent et s’entrecroisent. Ils sont confrontés à des épreuves et doivent trouver leur chemin à travers un pays en pleine guerre civile. Le parcours physique des personnages fait écho à leur parcours spirituel, leur évolution vers une remise en question d’eux-mêmes. Ceci correspond aux bases même du roman initiatique, de la quête héroïque, des tâches à accomplir avant le dénouement.
Remarquablement construit et agencé, ce roman contient de nombreuses scènes fortes : trois enfants pris dans la tourmente entre les deux camps, puis au milieu d’un château en feu. Une mère éplorée qui parcoure la campagne pour les retrouver…. La fin est particulièrement « Hugolienne ». Les trois personnages principaux confrontés à leur conscience réagissent en opposition à leur « caricature ».
Ce roman est aussi un prétexte à une écriture poétique, lyrique, typiquement romantique, y compris dans ses excès. C’est de l’Hugo grandiose, parfois grandiloquent, mais aussi bucolique, attendrissant avec les enfants, tempétueux en mer,….

« L’insurrection vendéenne est un lugubre malentendu.
Echauffourée colossale, chicane de titans, rébellion démesurée, destinée à ne laisser dans l’histoire qu’un mot, la Vendée, mot illustre et noir ; se suicidant pour des absents, dévouée à l’égoïsme, passant son temps à faire à la lâcheté l’offre d’une immense bravoure ; sans calcul, sans stratégie, sans tactique, sans plan, sans but, sans chef, sans responsabilité ; montrant à quel point la volonté peut être l’impuissance ; chevaleresque et sauvage; l’absurdité en rut, bâtissant contre la lumière un garde−fou de ténèbres ; l’ignorance faisant à la vérité, à la justice, au droit, à la raison, à la délivrance, une longue résistance bête et superbe ; l’épouvante de huit années, le ravage de quatorze départements, la dévastation des champs, l’écrasement des moissons, l’incendie des villages, la ruine des villes, le pillage des maisons, le massacre des femmes et des enfants, la torche dans les chaumes, l’épée dans les cœurs, l’effroi de la civilisation, l’espérance de M. Pitt ; telle fut cette guerre, essai inconscient de parricide. »
« La nature est impitoyable ; elle ne consent pas à retirer ses fleurs, ses musiques, ses parfums et ses rayons devant l’abomination humaine ; elle accable l’homme du contraste de la beauté divine avec la laideur sociale ; elle ne lui fait grâce ni d’une aile de papillon ni d’un chant d’oiseau ; il faut qu’en plein meurtre, en plein vengeance, en pleine barbarie, il subisse le regard des choses sacrées ; il ne peut se soustraire à l’immense reproche de la douceur universelle et à l’implacable sérénité de l’azur. Il faut que la difformité des lois humaines se montre toute nue au milieu de l’éblouissement éternel. L’homme brise et broie, l’homme stérilise, l’homme tue ; l’été reste l’été, le lys reste le lys l’astre reste l’astre. »

Jacques GAUCHER (03-02-2016)

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