La géopolitique de l’émotion

 

Dominique MOÏSI La géopolitique de l’émotion

Champs actuels Flammarion 276 p 8 €

Dominique Moïsi, né le 21 octobre 1946 à Strasbourg, est un politologue et géopoliticien français. Il est conseiller spécial de l’IFRI, après en avoir été le directeur adjoint. Spécialiste des questions internationales, il est  professeur à Harvard et au King’s collège de Londres et intervient dans de nombreuses revues et institutions.

La géopolitique de l’émotion : Comment les cultures de peur, d’humiliation et d’espoir façonnent le monde.

Mon avis : j’ai beaucoup apprécié cet ouvrage qui donne un éclairage original sur les causes des tensions et des conflits mondiaux. Le ressenti émotionnel des peuples apparait comme une donnée fondamentale. Bien que datant de 2008, cet essai est complétement d’actualité.

 

Quatrième de couverture
Pour qui sait les lire, les émotions constituent autant de petits cailloux sur le chemin de la compréhension du monde. Et plus le monde est complexe, plus ces clés de lecture additionnelles et subjectives sont nécessaires.
Après les attentats terroristes, qui ont vu la France et le Monde submergés par des émotions parfois contradictoire, ce livre est plus que jamais d’actualité.
A partir d’un vaste travail d’observation, nourri de mille exemples, d’une connaissance approfondie de multiples pays et cultures, il décrit l’ordre du monde selon les émotions qui le traversent  et souvent le dirigent.
La cartographie des émotions du monde a évolué de manière significative au cours de ces dernières années. La peur s’est approfondie, étendue et diversifiée. Elle n’est plus seulement l’émotion dominante du monde occidental : on la retrouve désormais sur tous les continents. Comment y faire face ? Comment penser les émotions, pour les transcender, ou plus simplement pour les comprendre, comprendre l’autre et, ce faisant, réparer le monde dans lequel nous vivons ?

Critique

Premier livre à explorer la dimension émotionnelle de la mondialisation, il dresse brillamment une « carte des émotions »  du monde. L’Europe et les Etats-Unis vivent une crise d’identité, qui alimente une culture de la peur. Peur face à la montée de « l’Autre », comme rival ou comme menace. Le monde arabe et musulman, au-delà de ses rivalités internes, est lui marqué par une culture de l’humiliation, engendrée par un déclin historique et des frustrations politiques, économiques, sociales et religieuses.

Par contre, l’Asie, derrière la Chine, l’Inde et les pays de l’ASEAN, est portée par une culture de l’espoir, un optimisme et une confiance en soi qui est largement mais non exclusivement le produit de la réussite économique.

Dominique Moïsi s’est donc intéressé aux émotions, comme critère d’explication et plus encore de classement des grands pôles de référence dans le monde contemporain. Les émotions comptent plus que jamais, quand  les médias font « de caisse de résonance et de loupe grossissante » en les dévoilant en direct.

Pour résumer

L’Asie est le continent de l’espoir ; l’islam, la communauté de l’humiliation ; l’Occident, le lieu de la peur,

En terre d’islam, le sentiment d’un déclin historique est aggravé par l’accumulation de frustrations, qu’elles soient provoquées par la présence d’Israël, les effets perturbateurs de la mondialisation, ou l’incertitude identitaire pour les musulmans d’Europe.

En Occident aussi, l’émotion a pris le pas sur le sens des valeurs et la croyance dans la prospérité économique. L’Europe a peur, de l’immigration, de l’élargissement, de la bureaucratie, du déclin démographique, etc.

Les Etats-Unis s’interrogent, selon l’auteur : « Avons-nous perdu notre âme, c’est-à-dire notre supériorité morale ? Notre but, c’est-à-dire le sens de notre mission ? Notre rang, c’est-à-dire, sommes-nous sur le déclin ? »

Et il y a les « inclassables ». Israël, qui est passé de l’espoir à l’angoisse ; l’Afrique, tentée par le désespoir, et l’Amérique latine, qui oscille entre le populisme et le progrès. La Russie, qui combine les trois émotions. A propos de celle-ci, l’auteur observe justement que les Russes méritent mieux que le despotisme oriental remis au goût du jour par Vladimir Poutine.

Dominique Moïsi conclut sa réflexion par deux scénarios à propos du monde en 2025. Le noir comme le rose, le pessimiste comme l’optimiste s’ouvrent sur la situation au Proche-Orient, laissant ainsi penser que la situation internationale au cours des deux prochaines décennies dépend essentiellement de la manière dont le conflit israélo-palestinien sera ou non résolu.

Article de Jacques GAUCHER (24 février 2017)

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