9 décembre 2015 La Laïcité, conférence de J.M.Ducomte

Compte rendu de la conférence de Jean Michel DUCOMTE,

président de la ligue de l’enseignement

organisée   par le Cercle Condorcet d’Annecy-Pays de Savoie

le mercredi 9 décembre 2015.

« Laïcité et vivre ensemble : une réponse ou un obstacle pour faire société

Jacques Gaucher président du Cercle Condorcet remercie le public venu nombreux pour cette première conférence. Il remercie l’IUT d’Annecy le Vieux, la Fédération des Œuvres Laïques 74, et les DDEN du bassin d’Annecy. Il présente rapidement Jean Michel DUCOMTE avocat, professeur à Sciences Po Toulouse. Il est aussi l’auteur de nombreux ouvrages sur la Laïcité et un dernier sur Jean Macé fondateur de la ligue de l’enseignement en 1866. (Bibliographie en annexe)

Jean Michel DUCOMTE remercie de l’accueil et déclare que compte tenu de l’actualité récente le thème de la soirée lui confère une portée particulière. Les attentats du 13 novembre mais aussi ce qui s’est joué dimanche dernier lors du premier tour des élections régionales soulèvent aussi des questions en rapport avec la laïcité.

  1. DUCOMTE : je commencerai par un premier rappel étymologique du mot laïcité. Il y a deux écoles, chacune inductrice d’une doctrine de la Laïcité, ceux qui lui voit une étymologie latine Laicus, le laïc serait le non religieux, celui qui n’a pas prononcé de vœux, un acteur de la société civile aujourd’hui. Ce n’est pas celle que je retiendrai, je préfère la racine grecque, il y a trois termes pour définir le peuple, il y a le démos, le peuple de la démocratie celui qui se réunit sur l’Agora pour délibérer, en clair 10 % de la population à Athènes, il y a l’ethnos, c’est le peuple dans sa dimension identitaire. C’est, les Lacédémoniens face aux Athéniens, au peuple de Thèbes, aux Béotiens, c’est le peuple dans son identité, qualifions là de culturelle.   Il y a enfin un troisième terme qu’on connait moins c’est le laos, c’est le peuple dans son indifférenciation, dans la totalité de ses composantes. On peut admettre qu’à Athènes les femmes, les métèques, les esclaves aussi en faisaient partie. J’ai tendance à considérer que la Laïcité c’est ce qui permet au laos, au peuple dans son indifférenciation de fonctionner de manière pacifiée.

Au-delà de l’étymologie de quoi parle-t-on lorsque l’on parle de laïcité, on parle d’une des composantes de l’identité républicaine française, c’est un des pistons du moteur à quatre temps de la République Française. Vous avez lu (dans le diaporama) les termes de l’article premier de la constitution de 1958 qui nous dit que la République est indivisible, démocratique, laïque et sociale. Mais cette référence n’est pas suffisante car la laïcité que nous connaissons c’est d’abord le produit de l’histoire, une histoire à l’égard de laquelle il faut avoir une certaine modestie et j’évacuerai tout de suite un certain nombre d’idées reçues. La première c’est qu’il y aurait un modèle laïc français ; il y aurait une exception française. J’espère qu’il n’y a pas d’exception laïque française car cela voudrait dire qu’il y a une règle laïque. Il n’y a pas non plus de modèle laïc français car j’ai eu l’occasion de travailler sur la question de la géopolitique de la laïcité, je me suis rendu compte dans certains univers géopolitiques différents il y avait des débats qui avaient à voir avec la question laïc. Donc pas de prétention particulière qui ferait que nous serions détenteur d’une sorte de mètre étalon de la laïcité et que nous devrions présenter comme un modèle à accepter adopter par l’ensemble des autres sociétés.

La République laïc n’a pas toujours été exemplaire dans ses rapports avec l’extérieur : je pense en particulier à la République aux colonies, la République coloniale qui la main sur le cœur était laïque mais qui avait un comportement qui était aux antipodes de la Laïcité.

En France, il y a une antériorité laïque propre à notre histoire.

Je vais me limiter à quelques dates importantes, on pourrait remonter très avant dans le temps à l’esprit de la Renaissance, l’esprit des Lumières ; mais pour le dire rapidement, le véritable acte de naissance, sur le terrain du droit, de ce qu’est la laïcité telle qu’elle s’est développé en France, c’est la Révolution de 1789 et plus précisément le 26 août 1789 lors de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen. J’ai coutume de déclarer que l’acte de naissance c’est l’article premier « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit, véritable révolution, véritable changement de paradigme sociale. Jusque-là on était selon ce qu’appellent les sociologues une société holiste (le tout social est supérieur à la somme des parties ; il influence et conditionne significativement le comportement ou le fonctionnement des parties). Une société où chacun était par acte de naissance assigné à un statut qu’il ne pouvait pas changer A partir de la révolution de 1789, on est en présence d’une société d’individus, ou chacun en principe est libre de sa détermination. Il y faudra du temps mais chacun est titulaire d’une autonomie de sa volonté, chacun est capable de rentrer en relation libre avec d’autres individus pour construire des relations de droits. C’est l’affirmation d’une égale dignité de chacune des composantes de la société. Cela conduit à marginaliser les éléments qui sont constructeurs        d’appartenance. D’ailleurs la déclaration est très claire la dessus, car elle pose le principe de la liberté de conscience et de la liberté d’expression des opinions et même des expressions religieuses. La seule limite, c’est l’ordre public, que cette liberté ne soit pas de nature à rompre le pacte social, à remettre en cause le pacte civique. La Révolution ne se limite pas à l’affirmation de ses nouveaux fondements de la société. Elle tire des conséquences de cette mise à distance de l’assignation religieuse, cela prend la forme de la fin de la légitimation religieuse qui était la caractéristique de l’Ancien Régime. Cela prend aussi la forme de la légitimation religieuse du pouvoir d’état. La souveraineté réside principalement dans la Nation, et non plus dans une prédestination divine. Le statut des personnes se déprend de toute référence religieuse, par exemple : le mariage est un contrat. Et comme tout contrat, on peut le rompre librement par le biais du divorce.

Au-delà de la fin du pouvoir légitimé par la religion, la Révolution va se préoccuper d’une question un peu urticante, parce qu’il y a quand même une église dominante au pouvoir quasi exclusif qui a été l’instance de légitimation du pouvoir politique jusqu’en 1789. On en fait quoi de cette église ? Je ne parle pas de la Religion, je parle de l’Eglise, de l’institution. On va essayer d’établir des relations nouvelles, entre le nouveau pouvoir et cette Eglise au travers de la constitution civile du clergé. A mon sens c’est une erreur, dans l’état d’esprit du moment, parce que la France de 1789 est une France qui change mais c’est une France qui reste principalement une France catholique. Un certain nombre de nos prédécesseurs comprennent mal ce qui se joue au travers de la réorganisation des relations entre l’Eglise catholique et l’état, au travers de la constitution civile du clergé. Et des tensions vont naître, de nature politiques qui vont aboutir à un deuxième conflit religieux, après les guerres de religion, telles les guerres de Vendée en particulier, et qui vont aboutir au choix par Bonaparte de conclure un Concordat avec le Vatican. Avec une arrière-pensée d’ailleurs très claire : il avait une formule que je trouve assez significative de son état de pensée. Il disait : « Qui paie tient ! » Donc on les paie on les tient on va financer les édifices du culte, les ministres du culte, mais à partir du moment où on les finance, on les contrôle, on procède à leur nomination double décision celle du pouvoir civil et celle du pouvoir pontifical qui leur confère l’investiture canonique. On peut considérer que le Concordat a mis un terme à une première ébullition laïque pendant la période révolutionnaire mais cela ne signifie pas que la question profonde de la Laïcité ait été évacuée simplement par la réorganisation des relations entre l’Etat et les églises qui sont au nombre de quatre, l’église catholique, les deux cultes protestants et la religion juive.

La conférence complète est à demander par mail à  : cerclecondorcetannecy@fol74.org

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.