MAI 68 Encore une revue (5)

Mai 68

La révolution des images de A à Z

 

Mai 68 est un moment clé, fort, fondateur de notre histoire politique, culturelle et sociale. À l’occasion des cinquante ans de ce mouvement contestataire, Beaux Arts Éditions publie une édition collector, rassemblant les meilleurs dessins des grands caricaturistes, de Cabu, Wolinski ou encore Siné, ceux des journaux et magazines hostiles au mouvement, tels ceux de Jacques Faizant, les plus belles affiches. Les artistes ne sont pas restés inactifs : une production d’affiches s’est mise en place à l’école des beaux-arts de Paris avec Fromanger, Erró, Raysse et beaucoup d’autres. Tous racontent ce qui fut le plus grand mouvement de masse de l’histoire de France, ces trois mois de folie à Paris et dans quelques villes de province…
Beaux Arts Éditions est parti à la recherche de centaines d’images rares, fortes, qui ont marqué l’histoire. Et en publie une sélection à travers le prisme d’un abécédaire thématique. Passionnant et jubilatoire.

212 pages – Paru le 18 avril 2018 – Broché – 20.2 × 26.7 cm –

A mon avis la revue la plus intéressante parue à ce jour sur les événements. Pas que des images, mais aussi des explications sur les sources de ces affiches et dessins.

J.G.

 

MAI 68 nouvelles lectures (4)

Encore 3 ouvrages intéressants sur MAI 68

 

De grands soirs en petits matins, de Ludivine Bantigny, Seuil, « L’univers historique », 450 p., 25 €.

Contredire les clichés sur 1968, décaper les faux savoirs et les vrais procès qui font de Mai une simple parenthèse ludique, voire l’origine condamnable des pires travers sociaux, tels sont les buts de Ludivine Bantigny dans cette synthèse nourrie d’une considérable recherche de première main. L’entreprise est superbement réussie.
Seize chapitres ciselés éclairent toutes les facettes de l’événement 1968, depuis l’avant-Mai, d’une surprenante densité revendicative, jusqu’à toutes les formes d’action, d’invention, de contestation et de répression qui surgissent au printemps. Le propos n’est pas chronologique, toutefois : plutôt que l’enchaînement des causalités, c’est le fourmillement du réel qui emplit ces pages, au plus près des individus et de leurs expériences. Paysans qui fournissent en vivres des ouvriers grévistes, policiers inquiets de l’insuffisance de leur équipement, joie fugace ou durable des solidarités éprouvées dans la rue : d’innombrables exemples permettent à l’auteure de restituer l’intensité d’un moment où tous les rapports de domination ordinaire, à l’université, à l’usine, à l’hôpital, font plus que vaciller, sauf peut-être entre hommes et femmes.
Elle en montre les dimensions internationales : souvenirs de la guerre d’Algérie, dénonciations de l’impérialisme américain au Vietnam, militantismes inspirés par les luttes des étudiants allemands ou polonais sont autant d’expériences antérieures qui subitement cristallisent. Rapide sur les artistes, cinéastes ou écrivains, l’ouvrage consacre en revanche des passages très neufs au monde rural, généralement délaissé par tant d’études qui font de la scène parisienne l’unique décor du mouvement. Le livre donne à l’événement son étendue et son imprévu. Sa violence, aussi : les corps endoloris ou rendus infirmes par les coups de matraque au mois de mai et les « morts oubliés de juin » sont évoqués avec une rare force.
Le projet est servi par une écriture aussi précise qu’enlevée, travail sur la langue qui n’est pas gratuit ni décoratif, mais nécessaire pour rendre compte d’un temps où l’invention verbale et le jeu sur les mots, tout à la fois ironique, politique et poétique, traversent les mobilisations. On l’aura compris, l’auteure se situe du côté des protagonistes de la contestation, qu’elle désigne comme des « ami(e) s et des allié(e) s ». Ce texte fortement engagé reste pourtant pleinement de l’histoire. De l’histoire, pas seulement au sens disciplinaire et méthodologique, même si l’ampleur des dépouillements d’archives laisse pantois, mais d’une manière bien plus profonde : un travail sur les acteurs, leurs émotions et leurs mots, sur les temporalités et les possibles, qui donne toute son intelligibilité au passé. Un effort admirable, qui s’approche sans doute autant qu’il est possible, pour 1968, du but que s’était fixé Michelet (1798-1874) dans son Histoire de France : celui d’une « résurrection de la vie intégrale ». A. Lo.

 

 

Mai 68, l’héritage impossible Poche Jean-Pierre Le Goff (2006, réédition 2018)

Pour retrouver les voies d’une passion démocratique, il importe d’assumer enfin de façon critique l’héritage de Mai.
Mai 68 est sans conteste l’événement social et culturel le plus important qu’ait connu la société française depuis 1945. Et pourtant, près de quarante ans après, il est toujours très loin d’être assumé en tant que tel : à la différence d’événements historiques antérieurs, l’héritage de 68 reste aujourd’hui impossible. Pour comprendre les effets souterrains considérables de Mai dans la France contemporaine, il faut revenir sur son utopie première et sur son échec, sur ces années où la passion des soixante-huitards s’est investie massivement dans un gauchisme aux mille facettes.
À ceux qui ont vécu Mai 68 comme à ceux qui sont nés depuis, l’auteur voudrait faire partager cette conviction : pour dépasser aujourd’hui ce principe d’individualisme irresponsable qui nourrit l’air du temps, pour retrouver les voies d’une passion démocratique, il importe d’assumer enfin de façon critique l’héritage de Mai. L’ambition de ce livre est de contribuer à cette nouvelle et nécessaire mutation.

68, une histoire collective (1962-1981)Poche, 16 €, mars 2015

Sous la direction de Michelle ZANCARINI-FOURNEL Philippe ARTIÈRES

Mai 68 demeure l’un des moments de l’histoire contemporaine de la France qui suscitent les plus vifs débats : les  » années 68  » dérangent autant qu’elles fascinent. Elles restent pourtant largement méconnues – et d’autant plus qu’on ne retient que son fameux mois de mai, les barricades du quartier Latin et l’occupation de la Sorbonne. Or ces scènes participent d’un paysage beaucoup plus vaste, à Paris, en province et à l’étranger. Surtout, on ne peut comprendre les raisons et les effets du  » moment 68  » sans examiner la longue séquence historique dans laquelle il s’inscrit, de la fin de la guerre d’Algérie en 1962 à l’élection de François Mitterrand en 1981, de la révolution cubaine à la révolution iranienne.
Cet ouvrage invite à parcourir l’histoire de ces vingt années qui ont transformé la société française. Il met à la portée du plus grand nombre le fruit des travaux de recherches historiques les plus novateurs ainsi que l’exploitation de nombreuses sources inédites (archives des organisations politiques et syndicales, de la police, fonds privés, etc.).
Acteurs anonymes et célèbres, lieux connus et inconnus, objets de la culture matérielle et artistique s’animent et se côtoient pour nourrir cette histoire polyphonique qui touche aussi bien l’urbanisme que le corps, la vie intellectuelle que la condition ouvrière, le cinéma que l’économie. Ce paysage recomposé donne à voir l’intensité des débats politiques, ainsi que l’incroyable diversité des luttes et des aspirations dont ces années furent le théâtre.

Mai 68 encore de la lecture (3) une revue

Mai 68 – Le Grand Tournant (les Hors – Série de L’Obs)

Dans ce numéro, la parole est donnée à Edgar Morin et Luc Ferry. Ce hors-série tente de décrire, en multipliant les approches, le grand tournant de mai 68. Ses victoires, ses grands chantiers, ses idées, sa faune, son art. Ses angles morts, ses impasses, ses combats inachevés et ses promesses trahies… Nous nous interrogerons aussi sur le monde qui est apparu après ce grand tournant. Notre monde, héritier de ce bouillonnement et de ces fourvoiements.
Dans l’entre deux-guerres, les Français chérissaient le souvenir de la « Belle Epoque » d’avant le cataclysme de 1914-1918. De même, ceux qui ont connu les années 1960 repensent aujourd’hui avec émotion à ce temps béni d’avant les crises, économiques, sociales, politiques…
En ce point culminant des Trente Glorieuses, suivant la légende dorée de cette décennie, le taux de croissance ne descendait jamais sous les 5 % et le chômage était presque inexistant ; les Français découvraient avec délices la société de consommation et la jeunesse se pâmait dans la vénération des yéyé. Comment comprendre, dès lors, l’explosion de 68 ? Le bonheur insolent de la France gaullienne n’était-il donc qu’une illusion ?
Le tableau idyllique mérite évidemment d’être nuancé. La crise de Mai survient bien par surprise, mais certainement pas par hasard. Le développement économique et les rapides transformations socio-culturelles enclenchées dans les années 1950 donnent à la société gaullienne un certain confort et la foi dans l’avenir, mais ce dynamisme suscite aussi des frustrations.

Par Charles Giol (Nouvel Obs)

Sommaire

La brèche n’est pas refermée (Edgar MORIN)
Prologue : la France d’avant Mai (Charles GIOL)
Le printemps de la révolte : chronologie, cartes / Mai 68 par delà les clichés / Les idées sont dans la rue / infographie : la galaxie gauchiste / La plus grande grève de l’histoire de France / Les archives du pouvoir / La confusion des interprétations / Derrrière les discours révolutionnaires de 68 se profilait une société hyperlibérale /
Le monde d’après : la véritable histoire de la libération sexuelle / L’apologie de la pédophilie, face noire de 68 / Du Larzac à la ZAD / Apprendre après 68 / soixante huit’arts / L’architecte est devenu un intellectuel / Une révolution dans l’expression
Des espoirs déçus : Le mouvement des femmes toujours à contretemps / Homosexuels : la fin de l’aventure communautaire / Les soixante- huitards ne sont pas tous devenus des nantis / Travail : l’échec de l’utopie démocratique / L’utopie numérique doit être réenchantée / Les nouveaux visages de la lutte pour les libertés
Perspectives : Les militants progressistes ont pactisé avec le néolibéralisme
A mon avis : la meilleure synthèse  parue récemment, pour ce cinquantenaire. Pas un simple catalogue d’images d’archives, ni un résumé des faits. Mais bien une approche du tourbillon des idées de l’époque et des débats qui ont suivi.
Jacques GAUCHER

MAI 68 un film de Patrick ROTMAN

Le Cercle CONDORCET ANNECY

et le cinéma LA TURBINE

vous invitent à un

CINE DEBAT

Au cinéma la TURBINE, à CRAN-GEVRIER

le vendredi 4 mai 2018 20h30

 

Après le film, le débat,   avec les anciens de 68 et surtout les plus jeunes.

De ce tourbillon de mots d’images d’idées et d’utopies, de cette « époque épique », que reste-t-il ?

Comment s’en inspirer pour comprendre et agir dans notre société d’aujourd’hui ?

Venez en débattre avec nous !

68  (1h35min) Documentaire de Patrick Rotman
Réalisé en 2008, pour la télévision. Les événements sont replacés dans le contexte historique mondial. Le film s’ouvre sur des images du festival pop de Monterey en 1967, embraye sur la Guerre du Vietnam, puis évoque le mouvement des Black Panthers, le Printemps de Prague et son anéantissement, la révolte des étudiants à Nanterre et Mai 68 à Paris, l’exécution de Che Guevara et les assassinats de Martin Luther King et de Robert Kennedy…

Historien de formation, Patrick ROTMAN fait de la Guerre d’Algérie sa spécialité. On lui doit de nombreux documentaires notamment L’Ennemi intime (2001), Les Survivants(2005) et Mai 68 dans Mai 68, dix semaines qui ébranlèrent la France  (1998)

Mai 68 : Rotman connaît la chanson  

C’est un film à écouter autant qu’à regarder. Les hymnes de Janis Joplin, Joan Baez, The Who ou Jimi Hendrix rythment 68, le documentaire en forme d’opéra rock réalisé par Patrick Rotman, à l’époque étudiant à la Sorbonne.
Depuis des années, le réalisateur décortique les événements de Mai, en livres et en images, avec la minutie de l’historien et la passion de sa jeunesse envolée. Avec 68, produit par son grand frère Michel, de cinq ans son aîné et « plus politisé à l’époque », il signe une copie davantage évocatrice que pédagogique. « Le but n’était pas de faire un énième film historique ou d’analyse sociologique », assure-t-il.
Son 68 est un documentaire à la fois sombre et flamboyant, qu’on achève de regarder avec le sentiment amer que cette année restera comme celle des rêves déçus et des illusions perdues. « On a cultivé la grande espérance messianique de changer le monde, mais il est toujours aussi injuste et inégalitaire », reconnaît Rotman, trotskyste devenu « bon social-démocrate au milieu des années 1970 ».
Loin du simple hommage nombriliste réduisant Mai 68 à quelques échauffourées d’étudiants parisiens dans le Quartier latin, Patrick Rotman a pris le parti d’embrasser une période plus large, d’ouvrir le spectre. Sur fond de guerre du Vietnam, omniprésente, il met l’accent sur la dimension internationale du vent de contestation qui soufflait alors aux quatre coins du monde. Des événements commentés très sobrement par Vincent Lindon en voix off et illustrés par de fabuleuses archives (en couleur) souvent inédites.
 De l’émergence soudaine de Dany le Rouge en France à la répression violente de manifestations estudiantines au Mexique, sans oublier les assassinats de Robert Kennedy ou Martin Luther King outre-Atlantique… Patrick Rotman a conçu son film comme « un torrent d’images, de lyrisme, de drames, de violence et de nostalgie ». Un torrent par lequel on se laisse emporter avec jubilation, le risque étant de finir noyé sous le flot des images tant on passe brusquement d’un coup de projecteur à un autre.
 JONATHAN BOUCHET-PETERSEN

 

États généraux de la bioéthique. On peut participer.

Six ans après la dernière révision des lois sur la bioéthique, un réexamen complet est en cours, en vue d’adapter la législation à l’évolution de la science, du droit et de la société. Cette fois, un large panel d’intervenants est consulté, organismes et institutions aussi bien que simples citoyens, afin de parvenir au consensus le plus large possible sur des sujets souvent très complexes.

 

La problématique de la bioéthique est présente depuis une vingtaine d’années dans les discussions entre médecins, juristes, hommes politiques, religieux et journalistes qui tentent d’analyser les conséquences sociales, juridiques, morales et culturelles de l’évolution des pratiques médicales sur le corps humain. De manière progressive, mais de plus en plus passionnée, ces débats engagent également les citoyens « ordinaires », les associations et les ONG. En effet, de nouvelles questions surgissent : après le clonage, la recherche sur l’embryon ou sur le génome humain, d’autres sujets de controverses sont apparus sur le risque d’eugénisme, les mères porteuses, l’euthanasie, la transplantation d’organes, les expérimentations médicales…
Les évolutions proposées dans la prochaine loi vont s’appuyer sur les synthèses du vaste débat public organisé notamment dans le cadre des Etats généraux de la bioéthique, ainsi que sur les avis de différentes institutions telles que le Comité consultatif national d’éthique, le Conseil d’Etat ou l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques. Pour l’essentiel, la nouvelle version de la loi ne devrait pas bouleverser les principes établis par les textes précédents.

Nous ne désirons pas que les hommes pensent comme nous mais qu’ils apprennent à penser d’après eux-mêmes.