Max GALLO « La Révolution française »

Max GALLO : « Révolution française » (Pocket, 2 tomes)
1 le Peuple et le Roi
2 Aux armes, citoyens

Il est difficile de trouver un ouvrage, simple et cependant précis, qui raconte la Révolution, pour un lecteur, honnête homme, curieux et non historien.
Max GALLO « raconte » la révolution, comme s’il y était. Il mélange habilement des descriptions précises, des phrases historiques et des anecdotes savoureuses. C’est finalement une histoire, certes romancée, sans recul et sans analyse, mais bien agréable à lire. L’auteur montre une réelle empathie pour certains de ces personnages comme Louis XVI, même s’il est parfois aussi indécis et flottant que son héros du premier tome.

A lire comme un roman.

Jacques GAUCHER (06-02-2016)

Jacques SOLE « La Révolution en question »

jacques solé revolution en questionJacques SOLE : La Révolution en question (Histoire Points, Seuil, 1988)

Ouvrage écrit pour le bicentenaire de la Révolution en 1989.
Pour des approches différentes de cette histoire trop figée entre « une « histoire sainte » et « une histoire diabolique ».

« L’histoire de la Révolution française est restée longtemps prise dans les glaces idéologiques : le sacré du respect et le sacré de l’abomination en faisait un objet figé, dont les mythes se transmettaient de génération en génération. »

Table des matières : des questions qui définissent bien le contenu de cet ouvrage
Des causes profondes
• Un triomphe des Lumières ?
• Une défaite du despotisme ?
• Une victoire de la bourgeoisie ?
• Une révolution populaire ?
Un cours logique ?
• Un dérapage inévitable ?
• Une guerre idéologique ?
• Une logique de la Terreur ?
• Une dictature inévitable ?
Des changements décisifs ?
• Un nouvel Etat ?
• Une nouvelle société ?
• Une Révolution culturelle ?
• Un héritage idéologique ?

Un ouvrage « universitaire » qui fait référence aux nombreux débats des historiens sur la Révolution et contient des analyses pertinentes et des mises au point sur les images traditionnelles de cette époque passionnante.
L’auteur décrypte la complexité des faits et des idées, liée au poids des circonstances, aux variations régionales, à l’importance de la contre révolution populaire.
Mais il reste très « lisible », se voulant pédagogique et vulgarisateur des apports récents de la recherche historique.
« Descendue de son piédestal mythique et rendue à ses réalités complexes, la révolution française n’en est que plus intéressante pour tous ceux qui désirent mieux appréhender une des sources majeures de l’histoire contemporaine. » (Jacques SOLE)

Jacques GAUCHER (03-02-2016)

 

De la Révolution à la République

 

BONLIEU SCENE NATIONALE Annecy

et le Cercle CONDORCET

http://www.bonlieu-annecy.com

 

De la Révolution à la République
Perception actuelle de la Révolution française dans l’imaginaire républicain

Conférence débat VEN. 12 FÉV. 2016 18h30 | petite salle | entrée libre sur réservation

Avec la participation d’Irène Favier
Irène Favier est maître de conférences à l’université Grenoble Alpes. Elle enseigne l’histoire contemporaine française et latino-américaine. De ses premiers travaux consacrés au monde du travail français, elle a publié L’usine, théâtre du pouvoir, aux Presses Universitaires de Tours.

A la suite des trois représentations de Ça Ira(1) Fin de Louis, de Joël Pommerat, Bonlieu Scène nationale a proposé au Cercle Condorcet Annecy-Pays de Savoie l’organisation d’un débat citoyen : De la Révolution à la République : Perception actuelle de la Révolution française dans l’imaginaire républicain.
A vrai dire, il ne s’agit pas d’assister à une conférence préalable mais bien plutôt de générer un échange, un débat avec le public, après une introduction de chaque « mot clé » par l’historienne Irène Favier.

Drapeau tricolore, figure de Marianne, bonnet phrygien, hymne de la Marseillaise, 14 juillet, devise nationale Liberté – Égalité – Fraternité, Laïcité et sécurité, République et de démocratie, Déclaration des droits de l’homme et du citoyen…
Voici donc les mots-clés que le Cercle Condorcet se propose de mettre en débat.

A noter qu’iI n’est pas nécessaire d’avoir vu le spectacle pour participer à ce débat-conférence.

 

Une critique très complète du spectacle « ça ira (1) fin de Louis

Ca ira (1) Fin de Louis, de Joël Pommerat et de la compagnie Louis Brouillard.
Critique de ce spectacle par Isabelle ROYER, présidente de l’association « Maison de la culture du Havre », qui a vu le spectacle en décembre 2015 (et amie de plus de 30 ans du président du cercle Condorcet d’Annecy)
« Le passé se perd dans les siècles, il est loin. Son héritage est affaibli. Qui pense encore que des millénaires de royauté plus ou moins divine ont créé chez le peuple l’attachement d’un enfant à un père ? Qui se remémore la devise de Louis XIV, « Supérieur à tous », et les Lois du royaume, « Un seul roi, une seule loi, une seule foi » ? Qu’est-ce qu’une révolution ?
Ici c’est la réunion des Etats généraux, fondant dans la douleur, à force de disputes et d’empoignades, les idées majeures de la démocratie.
Comment mettre au jour les bouleversements de la Révolution pour l’Occident ?
C’est une gageure. Car il ne s’agit pas de monter une reconstitution plus ou moins historique qui dispenserait des connaissances, mais de faire du théâtre.
Joël Pommerat veut rendre sensible le cataclysme qu’est toute révolution.
Cohérent et vivant, le dispositif rompt la séparation scène et salle, comme Ariane Mnouchkine l’avait fait en 1970 avec son 1789. Le public pris à parti avec les comédiens qui y sont disséminés, devient Le peuple : nous inventons ensemble la déclaration des droits de l’homme, l’Assemblée nationale et ses représentants du peuple élus.
Et cet enfantement se fait dans la fureur : tu peux te voir dans les débats, comment tu harangues, comment tu t’opposes, comment tu es pris par l’émotion, comment tu retournes ta veste, comment tu réfléchis !
Au loin en arrière-plan, les bruits des fusils et des canons, les échos des marches et des massacres, la famine, les émeutes, les exécutions expéditives, la Terreur…
Au cours de ces journées nait une figure essentielle de nos sociétés : l’individu. Libre, égal à tous, fraternel. L’ordre est subverti, la hiérarchie est renversée. Les personnages, ce sont les idées.

La « révolution » est de celles qui éclatent encore, pour des peuples ou des personnes. L’histoire de la libération d’un sujet qui se met à penser par lui-même.
On ne s’étonne donc pas de la présence dans l’assemblée des Etats Généraux, de femmes, de noirs, d’un ministre dépassé, d’un opportuniste Monsieur Gigart, d’une radicale Madame Lefranc, d’une aristocrate arrogante ironisant sans qu’on puisse stopper son délire réactionnaire. Tous portés par des comédiens exceptionnels !
Seul le roi, Louis, est reconnaissable, figure double : son arrivée sous les projecteurs est celle d’une star adulée par ses fans, son corps est caressé comme une idole consolatrice par une femme du peuple, mais ses doutes, sa pusillanimité sont ceux d’un homme mortel, faible. On pense à l’ouvrage d’Ernst Kantorowicz, « Les deux corps du roi ». Les brèves interventions de la reine suscitent le rire.
Et c’est bien la grâce de ce spectacle : nous revivons les déchirements de l’assemblée, traversée d’idées et de discours inouïs, dans un pays affamé, profondément inégalitaire, poussé à bout, et parfois nous rions.
Nous rions à cause de l’humour de certaines scènes mais aussi de connivence – car les figures et les situations de la révolution nous sont familières – et d’identification : on croit reconnaitre des parallélismes économiques, politiques, sociaux entre les époques.
En fait, ce spectacle s’adresse à chacun de nous. Citoyen qui a peut-être oublié sa naissance et son histoire. Individu qui invente tous les jours sa liberté hors de son aliénation à un Maître.

Article écrit par  Isabelle Royer et l’équipe de la Rubrique des spectateurs réunie le 15 décembre au Chat bleu, Sylvette Bonnamour, Véronique Carliez et Agnès, Blandine Donneau, Annette Maignan, Liliane Lemesle, Catherine Hémery-Bernet.

 

Joël Pommerat : « Il ne s’agit pas d’une pièce politique mais d’une pièce dont le sujet est la politique » © Photo DR

Anatole France : « Les Dieux ont soif »

Un article de Jacques GAUCHER (26 janvier 2016)

François Anatole THIBAULT, dit Anatole FRANCE, est né en 1844, mort à 80 ans en 1924. Il a reçu le Prix Nobel de littérature en 1921 pour l’ensemble de son œuvre.
Un auteur bien oublié aujourd’hui, mais qui mérite d’être redécouvert.

Il passe une partie de son enfance dans la librairie de son père : « La librairie de France » quai Malaquais, spécialisée dans la Révolution et l’Empire.
C’est un érudit, amoureux des humanités classiques, de l’histoire, et particulièrement de la Révolution française.
Son style, très classique fait penser à Voltaire, avec une ironie amusée, parfois douce et aimable, parfois noire et cruelle. Alliance de scepticisme et d’idéalisme, son écriture mélange des aspects traditionnels à un gout pour les idées subversives, la passion pour la clarté, l’habileté à exprimer avec légèreté des pensées sérieuses et une sensualité exempte de grossièreté, bref un « art de bien dire ».

C’est surtout un merveilleux conteur, qui pastiche les légendes médiévales, les vies des saints, les récits fantastiques et l’histoire de France. Mais c’est aussi un aussi un redoutable satiriste de la vie politique, ou les secrets d’alcôve font et défont les gouvernements.
(Dans « l’histoire contemporaine », qui évoque l’affaire Dreyfus).
Très anticlérical, il aime se moquer des moines, des prêtres et de toute la cléricature qui spécule sur la naïveté des croyants pour s’enrichir et asseoir son pouvoir. Il est libre penseur et feint d’admettre les dogmes comme des postulats pour en exposer toutes les conséquences de leur absurdité.
Rationaliste, libre penseur, passionné d’histoire et de sciences. Il est un admirateur d’Ernest RENAN.
Un ouvrage de cet auteur en lien avec notre débat sur « Révolution et République » : « Les Dieux ont soif » publié en 1912. (En poche, Folio classique)

Résumé d’un article de Jean-François Chanet, paru dans « Contreligne » en septembre 2012
« Les Dieux ont soif » a toutes les apparences d’un roman historique. L’action commence en avril 1793 et s’achève en nivôse an III, c’est-à-dire fin décembre 1794 ou début janvier 1795, au moment où l’on s’apprête à retirer du Panthéon les cendres de Marat qu’on y avait portées en septembre précédent. Les personnages fictifs croisent ou aperçoivent des personnages réels, Robespierre ou Fouquier-Tinville.
Les historiens peuvent bien sûr dresser la liste des erreurs factuelles. Mais on est sous le charme de ce récit, dû à l’habileté de cet écrivain à peindre le vieux Paris, les maisons de la place Dauphine, devenue place de Thionville, où voisinent bourgeois et artisans. Ce plaisir, en l’occurrence, doit autant à la magie du style qu’au sens politique et moral de ce qui est raconté.
Cette prose incomparable, admirée par Proust, est-elle datée ? Sans doute, mais on veut croire que sa fluidité, sa transparence peuvent encore plaire aujourd’hui. Ce qui doit d’abord attirer l’attention sur ce livre, c’est la manière dont il montre à quelles extrémités des êtres purs sont conduits à des actions meurtrière, dans la volonté d’ouvrir, par la terreur, le règne de la vertu. » Les Dieux ont soif » : ce titre annonce le règne des « buveurs de sang ».
Or le personnage principal : Evariste Gamelin, est un bon fils, capable de partager sa ration de pain entre sa vieille mère et une femme rencontrée au coin de la rue, son nourrisson dans les bras. Bien que sans le sou, Evariste est peintre, élève de David, membre de la section du Pont-Neuf, précédemment section Henri IV. Il a vingt ans, « un visage grave et charmant, une beauté à la fois austère et féminine ». C’est en le voyant dans son atelier que Louise de Rochemaure, fille d’un lieutenant des chasses du roi, jeune veuve d’un procureur, plus sensible au charme du peintre qu’à la valeur de son ouvrage, use d’une influence non encore compromise pour le faire nommer juré au Tribunal révolutionnaire.
Dès lors, sa jeunesse et sa sincérité font de lui le serviteur zélé d’une justice d’autant plus expéditive que la défense de la République menacée accroît toujours le nombre et la variété des suspects. Pas de distinction de classe ni de sexe dans des charrettes où s’entassent, côte à côte, le ci-devant Brotteaux des Ilettes, épicurien sceptique qui gagne son pain en fabriquant des pantins et a toujours sur lui, dans la poche de sa redingote puce, une vieille édition de Lucrèce ; le père Longuemare, ancien membre de l’ordre des Barnabites, que Brotteaux, quoi-qu’athée, a abrité chez lui, et Athénaïs, fille de joie, qu’il a également prise sous sa protection, parce qu’il est (intellectuellement) voluptueux.
Chez Evariste Gamelin, toutefois, la déshumanisation a une limite, celle du lit d’Élodie, sa maîtresse. Il y est d’autant plus assidu qu’il ne peut guère trouver le sommeil que dans ses bras. Les Dieux ont soif suggère ce que la sensualité peut avoir d’insatiable sans qu’il soit besoin d’y mêler la passion. Voilà ce qui sans doute, dans ce roman, est politiquement le plus incorrect. Il combine ainsi l’analyse d’une logique politique meurtrière et  la recherche la plus opportuniste du plaisir. Il fallait à Anatole France une audace où notre temps, si changé par rapport au sien, risque de ne voir que de la ringardise. N’oublions pas que cette audace était autant inacceptable par la gauche que par la droite de l’époque.
La gauche est la famille politique d’Anatole France, depuis l’affaire Dreyfus. Il a loyalement servi le bloc des gauches, mais pas au point de reprendre à son compte, à propos de la Révolution, ce mot de « La Révolution est un bloc » que Clemenceau lui avait appliqué vingt ans avant que paraisse « Les Dieux ont soif ».
Anatole France communique à ses lecteurs, par son ironie redoutable, l’impression d’horreur qui domine devant « le couteau ensanglanté ».
L’un des lecteurs a priori les plus en sympathie avec Anatole France, Jean Jaurès, n’a pas dissimulé aux lecteurs de la Revue de l’enseignement primaire, son désaccord avec cette vision désenchantée du monde. Il s’inquiétait de voir le romancier, quoique gagné, en apparence ou en surface, aux idéaux du socialisme, pencher en fait vers une sombre vision des « temps futurs », celle de « l’histoire sans fin ». Jaurès, on le comprend, ne voulait rien céder à « la désolante pensée d’un “retour éternel” qui ramènerait en cercle, indéfiniment, les mêmes tentatives, les mêmes déceptions et la monotonie insipide des recommencements ».
Le chapitre final des Dieux ont soif ne commente pas plus le destin de Gamelin (guillotiné) que celui des victimes de son fanatisme. Il montre Élodie jetant au feu la bague qu’Évariste lui avait offerte, où la figure de Marat est déjà effacée.

Nous ne désirons pas que les hommes pensent comme nous mais qu’ils apprennent à penser d’après eux-mêmes.