OEDIPE SUR LA ROUTE Henry BAUCHAU

ŒDIPE SUR LA ROUTE  (J’ai lu)

Résumé

Oedipe, celui qui – jouet des dieux – a tué son père et épousé sa mère, quitte Thèbes aveugle et accablé par le poids de sa faute. Avec sa fille Antigone, il s’engage dans une longue errance qui le conduira à Colone, lieu de sa  » disparition « … et de la clairvoyance. Car ce livre est un voyage intérieur dans lequel un homme affronte les ténèbres qu’il porte en lui, jusqu’à atteindre la connaissance de soi. Dans cette quête, Henry Bauchau convoque tour à tour le chant, la danse, le rêve et le délire comme moyens de libération de son héros… Et c’est par la sculpture, au flanc d’une falaise, d’une vague gigantesque, symbole des épreuves déjà franchies ou encore à franchir, que ce délire trouve son expression la plus achevée et la plus visionnaire. Oedipe sur la route, roman d’aventures, roman initiatique, est avant tout une somptueuse interrogation sur l’individu et son destin.

 

Analyse

Ce roman est une relecture du mythe œdipien. Ici, Œdipe partage avec Orphée la même capacité, celle de ranimer « les trésors perdus de la mémoire » grâce au chant, à la peinture et à l’écriture. Au lieu de se disperser, le roi aveugle retourne à l’unité. Après avoir surmonté ses peurs, il est « encore, est toujours sur la route ». La route de la connaissance de soi, libérée de la culpabilité et du remords. Antigone, qui l’a accompagné jusqu’au bout, symbolise cette route de la réalisation de soi. Gardienne du principe de vie, elle n’est pas de celles qui se retournent pour voir, par curiosité. Quand elle revient à Thèbes pour tenter d’apaiser la rivalité entre ses deux frères, c’est aussi pour dire « oui » à la vie, au futur, à la beauté et pour refuser, dans sa robe déchirée, toutes les manifestations de pouvoir, toutes les guerres. Elle est la part féminine, celle du poétique, de l’amour sans justification, de la patience.

 

Mon avis.

Sans avoir besoin de connaitre les pièces de Sophocle (Œdipe roi et Œdipe à Colone), nous replongeons dans la violence de la tragédie grecque. Ce roman raconte non pas une, mais des histoires, comme Homère et Sophocle, mais sans l’intervention des dieux. Le lecteur se retrouve dans la Grèce antique, il vit avec les héros la brulure du soleil, la poussière des chemins, la soif, la faim, l’épuisement au cours de cette errance initiatique et expiatoire. Le récit alterne des moments de contact avec la nature, de rêves sous les étoiles, de violences et de chaleurs humaines avec les femmes, les bergers, les rois. C’est surtout un long poème en prose. Œdipe le roi déchu, mendiant aveugle en haillons est l’aède, le poète, le chanteur. Il nous entraine dans diverses formes de création artistique : la flute, le chant, la danse, puis la sculpture et la peinture. Henry BAUCHAU est certes un « psy » et cela se ressent, surtout à la fin. Mais le récit est très physique, terrien : gestes simples et dépouillés : boire, manger dormir, parler, chanter, rêver…

A lire pour le style, les images, les symboles, les mythes éternels évoqués qui nous transportent dans un autre monde, une fuite bien agréable pour se décrasser la tête par les temps qui courent.

 

L’auteur

Henry BAUCHAU est un poète, romancier, dramaturge et psychanalyste belge (1913-2012).

Avant d’être mobilisé en 1939, il exerce des activités dans le journalisme et milite dans des mouvements de jeunesse chrétienne. Pendant la guerre, de juillet 1940 à juin 1943, il sera responsable du Service des volontaires du travail pour la Wallonie (SVTW), avant de rejoindre un mouvement de Résistance armée. Blessé dans un maquis des Ardennes, il termine la guerre à Londres. De 1947 à 1951, Il entreprend une psychanalyse auprès de l’épouse du poète Pierre Jean Jouve. Cette analyse marquera profondément sa pensée.
Il publie, en 1958, son premier recueil de poèmes, « Géologie », qui obtient le prix Max Jacob. En 1960, Ariane Mnouchkine monte sa pièce « Gengis Khan » aux Arènes de Lutèce. Entre-temps, il voyage et sa vie se partage entre la France, la Suisse et la Belgique ; entre l’enseignement, la psychanalyse (à Paris, avec Conrad Stein) et l’écriture ;
En 1990, il commence un cycle mythologique avec « Œdipe sur la route » (1990), « Diotime et les lions » (1991) et « Antigone » (1997). La publication de son « Journal » (1989-1997) éclaire la création, permet de comprendre l’importance que représentent pour l’écrivain la poésie, les rêves, l’inconscient et l’écriture.

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