Nicolas Condorcet : un mathématicien engagé

Un article remarquable pour compléter notre conférence du

mardi 25 septembre 2018

http://fabien.besnard.pagesperso-orange.fr/condorcet.htm

Condorcet, un mathématicien engagé

Des dizaines de Lycées, de collèges, de rues portent son nom, cependant il reste relativement méconnu par comparaison à Danton, Robespierre, ou même Sieyès. Ce n’est pourtant pas un acteur secondaire de la Révolution : député à la Législative puis à la Convention, il fut élu vice-président de cette dernière le 21 septembre 1792, jour de la proclamation de la République. Si son nom est entré dans l’Histoire, c’est parce que sa vie et sa pensée ont représenté ce que la Révolution portait de meilleur en elle, et qu’elle a laissé en héritage aux générations futures. S’il n’est pas rentré dans la légende, c’est que sa personne était trop décalée par rapport aux évènements, c’est-à-dire, finalement, pour la même raison.
J’espère que cette modeste page web donnera l’envie au lecteur de se renseigner plus avant sur Condorcet, et à cet effet il pourra consulter les sites et les ouvrages cités en bibliographie. (Fabien Besnard)

Dresser le portrait de Condorcet en quelques lignes n’est pas une mince affaire : à la fois philosophe (le dernier représentant des Lumières), mathématicien, fondateur des sciences sociales, homme politique (avant et pendant la Révolution) il incarnait l’esprit de l’Encyclopédie. Ceci n’est pas sans poser de problème au biographe : nul ne pouvant être spécialisé dans tous ces domaines, chacun abordera Condorcet selon une approche particulière. Baker s’est concentré sur les sciences sociales, les époux Badinter sur l’aspect politique : leurs deux ouvrages facilement disponibles se complètent, et je ne saurais trop en recommander la lecture. Malgré ces diverses facettes, il faut souligner l’unité du personnage de Condorcet.

En mathématicien, il place son argumentation philosophique sous le signe de l’objectivité et de la logique : il refuse la pétition de principe ou l’appel au sentiment. Ainsi il critiquera vertement le mythe du bon sauvage chez Rousseau. Un autre exemple de son « esprit mathématique en action » est son plaidoyer en faveur du droit des femmes. En philosophe épris de justice et d’égalité, il applique les mathématiques au champ social et politique en tentant de résoudre deux problèmes. Le premier est celui de la connaissance rationnelle de la société, qui ne peut se faire que par le biais de statistiques, de sondages. Le second est celui de l’action collective : comment une décision rationnelle peut-elle émerger à partir d’une pluralité d’opinion s’exprimant par le vote ? Condorcet étudiera ce problème du point de vue des probabilités : sachant que chaque électeur a une certaine probabilité de prendre une bonne décision, quelle est la probabilité que le corps électoral prenne collectivement la bonne décision, et quel est le mode de scrutin qui optimise cette probabilité ? Condorcet a passé beaucoup de temps sur ce problème, qui est devenu son principal sujet de recherche. Il n’a absolument pas été compris à son époque, et ce n’est que récemment que les historiens des mathématiques ont replacé ces travaux à la place qui leur est due, et qui font de Condorcet un des précurseurs de la théorie de la décision.

En revanche, son célèbre paradoxe est passé à la postérité. Celui-ci montre qu’il n’est pas toujours possible d’établir un classement entre des candidats qui respecte les préférences des électeurs entre les candidats pris deux par deux. Autrement dit, si individuellement les préférences des électeurs sont cohérentes (c’est-à-dire transitive : si A est préféré à B et si B est préféré à C alors A est préféré à C), il n’en va pas forcément de même des préférences déterminées par le vote, et cela quel que soit le mode de scrutin. Il est important de rappeler ici que dans la philosophie politique rationaliste de Condorcet il n’est d’ailleurs nullement question de préférence : on suppose qu’il y a un véritable classement entre les candidats, et que les électeurs se réunissent en assemblée pour essayer sincèrement de le découvrir par le moyen du vote. Son paradoxe montre simplement qu’il y a des circonstances dans lesquelles cela n’est pas possible : il n’y a pas de « main invisible » qui équilibre les mauvaises décisions entre elles. Cela ne l’incite nullement à rejeter le suffrage universel, mais à insister sur la responsabilité individuelle : une décision rationnelle ne peut naître de la collectivité que si celle-ci est constituée d’individus suffisamment instruits. Ainsi l’engagement de Condorcet en faveur de l’instruction publique a donc été en grande partie motivé par ses réflexions mathématiques sur la décision collective.
Mais l’unité de Condorcet est avant tout celle d’un homme qui, dans tous les domaines, va au bout de ses idées. Pas par goût de la radicalité, mais par souci d’universalité et de vérité. Condorcet ne s’arrête jamais en chemin, ne fait jamais de concession au bon sens ou à l’intuition, ne transige jamais sur la logique ou sur les principes. Cette attitude, qui est celle du vrai philosophe et du vrai scientifique, le perdra sur le plan politique.

 Les combats de Condorcet

Pour les juifs

L’émancipation des juifs par l’Assemblée Nationale a été compliquée et retardée par différents facteurs. D’abord la division de ces derniers en deux communautés distinctes : la communauté séfarade de Bordeaux, et les ashkénases de l’Est de la France. Les premiers étaient déjà très bien intégrés et leur émancipation pratiquement acquise sous l’Ancien Régime, tandis que les derniers vivaient dans des conditions déplorables et faisaient face à l’hostilité des populations locales (et donc de leurs représentants). Pour des raisons d’universalisme, l’Assemblée se refusa à émanciper les juifs de Bordeaux seuls. De plus la question des juifs commença à être mêlée à celle des Noirs, qui se heurtait à un intense lobbying des colons et de ceux qui avaient des intérêts dans les colonies. Enfin, certains juifs réclamaient de pouvoir conserver leur droit coutumier, ce à quoi la majorité de l’Assemblée était hostile. Bref, l’extension de la citoyenneté aux juifs, qui aurait pu être proclamée dans la foulée de juillet 89, pris beaucoup plus de temps, malgré les efforts d’hommes tels que l’Abbé Grégoire, Condorcet, Adrien Duport.
Le 27/09/1791 les juifs de France deviennent enfin des citoyens par décret de la Constituante, sans conserver leurs droits particuliers.
Sur l’émancipation des juifs on pourra consulter l’ouvrage de R. Badinter, « Libres et égaux », éd. Fayard.

Pour les noirs

Depuis au moins 1773 Condorcet s’intéresse à la cause des noirs, et dénonce l’esclavage cette « horrible barbarie ». En 1774 dans ses « Remarques sur les Pensées de Pascal », publiées en 1776 il écrit « si nous ne pouvons manger du sucre qu’à ce prix, [ il faut savoir renoncer à ] une denrée souillée du sang de nos frères ». Cette même année il essaie d’obtenir de son ami Turgot, nommé à la Marine, l’abolition du Code Noir (datant du règne de Louis XIV, ce code donnant toute latitude aux colons pour maltraiter les Noirs). En 1777 il publie deux articles contre l’esclavage sous un nom d’emprunt. Puis en 1781 il consacre un livre entier à cette question, publié en Suisse sous le nom de Joachim Schwartz (noir en allemand !). Extrait cité par les Badinter :  » Mes amis, quoique je ne sois pas de la même couleur que vous, je vous ai toujours regardé comme mes frères. La nature vous a formés pour avoir le même esprit, la même raison, les mêmes vertus que les Blancs. Je ne parle que de ceux de l’Europe; car, pour les Blancs des colonies, je ne vous fais pas l’injure de les comparer avec vous; je sais combien de fois votre fidélité, votre probité, votre courage ont fait rougir vos maîtres. Si on allait chercher un homme dans les îles de l’Amérique, ce ne serait point parmi les gens de chair blanche qu’on le trouverait… » Son ouvrage devra attendre 1788 pour trouver un certain écho. En avril 1788 Condorcet rejoint la Société des amis des Noirs fondée quelques semaines plus tôt par Brissot. Mirabeau et La Fayette sont aussi du nombre. Rapidement Condorcet prend la présidence de la société.
L’esclavage sera aboli une première fois le 2 avril 1794 par la Convention, mais les colons refusent d’appliquer le décret. A Saint-Domingue ils cherchent la protection des Espagnols contre les rebelles Noirs menés par Toussaint L’ouverture. En 1802 Bonaparte rétablit l’esclavage. Il matera également les révoltes. L’esclavage sera définitivement aboli en 1848 à l’initiative de Victor Schoelcher, sous la IIe République. (Angleterre 1833, Etats-Unis 1865)

Pour les femmes

Olympe de Gouge
Condorcet fut l’un des philosophes les plus déterminé à défendre la cause des femmes, et l’un des rares s’en préoccuper. Dès 1789 et la proclamation de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen il critique celle-ci (dont il a pourtant été l’un des principaux rédacteurs, mais la mouture finale fut le fruit d’un compromis) pour son côté patriarcal. Ses arguments en faveur des femmes sont particulièrement intéressants car ils ne découlent pas d’une égalité présumée a priori entre les hommes et les femmes : en d’autres termes ils sont fondés sur la raison. Plus précisément, il remarque que ceux qui refusent aux femmes la pleine égalité des droits se fondent sur une prétendue inégalité naturelle, mais que cette inégalité ne peut pas être démontrée précisément parce que l’on ne permet pas aux femmes de faire la preuve de leurs capacités ! Dans ces conditions, une éventuelle inégalité naturelle est masquée par une organisation inégalitaire de la société, dont l’effet est beaucoup plus fort. Il montre alors que la seule attitude rationnelle est de donner aux femmes l’égalité des droits pleine et entière. En effet, certaines femmes ayant déjà démontré leurs très grandes capacités dans de nombreux domaines, une éventuelle inégalité ne pourrait être qu’un effet statistique, et de faible amplitude. De ceci il conclut qu’il serait injuste de refuser à une femme particulière un quelconque droit sur la base d’une inégalité en moyenne, alors qu’une femme particulière pourrait laisser derrière elle la majorité des hommes. Ainsi il utilise l’existence de femmes « d’exceptions », admise même par les adversaires du droit des femmes, pour retourner leur argument (« ce ne sont que des exceptions ») en se basant sur la statistique. Quant à l’existence ou non d’une inégalité naturelle, il suspend son jugement et laisse le soin aux générations futures de la mettre en évidence ou de la réfuter. De plus Condorcet voit dans l’émancipation des femmes non seulement un bienfait pour la société entière, mais encore un bienfait pour les hommes qu’il perçoit comme presque autant victimes que les femmes d’une organisation inégalitaire de la société, notamment dans leurs rapports avec le beau sexe.
A notre époque où triomphent la bien-pensance et le politiquement correct, qui vont le plus souvent à l’encontre des causes qu’ils prétendent défendre, les propos de Condorcet conservent une étonnante actualité.
Voir l’analyse de Geneviève Fraysse, « Muses de la Raison »

Pour la République

Condorcet devient Républicain après Varennes. Il sera chargé d’un projet de Constitution (avec Barère, Seyes et Payne, entre autres), faisant la part belle au suffrage universel. Son projet sera pris en otage par les querelles entre Gironde et Montagne, et mis aux oubliettes de l’histoire. Il est vrai que la réflexion longuement mûrie du dernier philosophe des Lumières ne pouvait pas rivaliser avec l’opportunisme politique d’un Robespierre. Pourtant la conception que ce dernier avait de la citoyenneté et de la volonté générale apparaît aujourd’hui bien archaïque. Au contraire, les idées de Condorcet sur ces mêmes sujets peuvent encore nourrir la réflexion. Condorcet identifie en effet certains problèmes épineux auxquels nos démocraties modernes doivent encore faire face. Le problème de l’éloignement de l’élite dirigeante : Condorcet le résout par un système pyramidal assez complexe. À la base il y a les assemblées primaires : sorte d’états-généraux permanents elles sont suffisamment nombreuses et comportent suffisamment d’élus pour permettre l’exercice quasiment direct de la démocratie. Tout citoyen doit pouvoir saisir l’assemblée primaire dont il dépend s’il estime ses droits fondamentaux mis en cause par la loi. Une procédure est prévue pour faire remonter les requêtes jusqu’à l’assemblée nationale. (Contrairement au système de Condorcet, les procédures actuelles sont d’ordre judiciaire. Ainsi, tout citoyen américain peut saisir la cour suprême, les citoyens français eux, ne peuvent saisir le conseil constitutionnel que par l’intermédaire de leurs députés, et encore il en faut au moins soixante ! La cour européenne de justice est également un recours possible.) La modernité de Condorcet est ici que, contrairement à nombre de ses contemporains, il est bien conscient que l’expression de la volonté générale n’est ni infaillible, ni vertueuse par nature. C’est pourquoi tout doit être mis en oeuvre pour réviser et améliorer les lois, sans aucun tabou. On le voit, la volonté générale ne doit pas s’imposer au détriment des droits fondamentaux de l’individu. En revanche, une fois votée, la loi s’applique à tous. Celui qui juge la loi mauvaise se doit de l’appliquer, même s’il a le devoir de se battre (politiquement) pour qu’elle soit révisée. Car en effet, si la volonté générale est faillible, la volonté individuelle l’est aussi, et elle ne peut donc pas prévaloir, elle n’a aucune légitimité pour cela. C’est peut-être un peu utopique, mais il me semble que dans le système de Condorcet, le combat de certains contre les OGM se ferait au sein des assemblées primaires et pas à coup de faux en plein champ.

BARERE

Thomas PAYNE

SEYES

Pour l’instruction publique

Condorcet a été le théoricien par excellence de l’instruction publique. Ses cinq mémoires sur l’instruction publique ont inspiré a bien des égards les réformes de la troisième République instaurant une instruction laïque, gratuite et obligatoire (Condorcet ne la concevait toutefois pas comme obligatoire). Les mots ici sont importants : instruction n’est pas éducation, et la différence entre ces deux notions fut au coeur du débat qui opposa Condorcet à Robespierre et aux Montagnards (Rabaut Saint Etienne et Lepeletier). Pour ces derniers, les enfants de la République devaient avant tout être éduqués, ce qui impliquait qu’on leur inculquât la vertu et le zèle patriotique. On retrouve ici une conception de la citoyenneté plus romantique que rationnelle, inspiré notamment par Rousseau, et dont le modèle par excellence était l’éducation Spartiate.
Rabaut Saint Etienne
Pour Condorcet au contraire, un catéchisme même républicain n’est rien d’autre qu’un catéchisme. Pour lui le citoyen doit être instruit et en même temps institué, c’est-à-dire qu’on doit le former à exercer son jugement et son esprit critique. Une nation d’ignorants vertueux serait prompte à sombrer dans une nouvelle tyrannie. La laïcité de Condorcet est universelle : elle s’applique à la République elle-même. Condorcet met en garde contre une sacralisation des institutions : il ne faudrait jamais qu’on en vienne à regarder la constitution comme de nouvelles tables de la Loi. Mêmes les textes les plus fondamentaux doivent être susceptibles de révision et constamment soumis à l’examen critique. L’étude de l’Histoire politique et et technique doit permettre aux futurs citoyens de former l’idée du progrès et du principe de perfectibilité humaine, celle des idées leur montre l’émergence de la notion des droits fondamentaux, et enfin l’étude de l’arithmétique politique doit leur donner les moyens concrets d’exercer la souveraineté.
Pour plus de détail sur la vision de Condorcet, et sa pertinence dans le contexte actuel, on pourra consulter ce texte sur le blog de Catherine Kintzler ( ici une version pdf).

Contre la peine de mort

Condorcet fut l’un des rares esprits de son époque à s’opposer à la peine de mort. Il exprima cette opposition lors du vote sur la mort du roi. En dépit des risques encourus quant à son avenir politique, ou même son avenir tout court, Condorcet vota la culpabilité mais pas la mort, par opposition de principe à cette peine.

La peine de mort dans le monde : Pays ayant aboli (abolition) dernière exécution : RFA (1949) 1949, Suède (1972) 1910, Portugal (1976), Danemark (1978) 1950, Norvège (1979) 1948, France (1981) 1977, Pays-Bas (1982) 1952, Grèce (1994) 1972, Italie (1994) 1947, Espagne (1995) 1975, Belgique (1996) 1950, Royaume-Uni (1998) 1964. En 1998, 68 Etats dans le monde ont aboli la peine de mort pour tous les crimes, 14 pour les crimes de droit commun, 23 sont abolitionnistes de fait, et 90 pratiquent encore la peine de mort, parmi lesquels : Chine (1067 exécutions connues en 1998), Etats-Unis (68), Iran (66).
 

Contre l’obscurantisme, le fanatisme et le charlatanisme

-En 1766 le Chevalier de La Barre est condamné à mort pour avoir omis d’ôter son chapeau devant une procession et pour avoir commis des blasphèmes. On lui coupe la main droite et on lui arrache la langue avant de le brûler vif… Cette barbarie indigne le « parti des philosophes ». Au cours de l’année 1774 Condorcet, soutenu par Voltaire, tente de faire réviser le procès. En vain : aucun avocat n’accepte de défendre cette cause périlleuse.
-Athée et anticlérical, Condorcet n’a cependant aucune haine pour les croyants. Mais lorsqu’un obscur Abbé Sabatier commet un ouvrage contre la philosophie des Lumières, Condorcet saute sur l’occasion pour régler ses comptes avec l’Eglise. Il publie en juillet 1774, sous une identité fictive, la « Lettre d’un théologien à l’auteur du dictionnaire des trois siècles. » C’est un violent réquisitoire. L’Eglise est accusée d’opprimer l’esprit des enfants (Condorcet en sait quelque chose), de nuire au progrès des sciences, et de laisser commettre toutes sortes de crimes en son nom (en particulier celui de La Barre). Le livre connaît un certain succès. Condorcet a rédigé également un « almanach antisuperstitieux », dans lequel chaque jour de l’année célébrait non la mémoire d’un saint, mais celle d’un crime commis au nom de la religion catholique. Il ne publiera toutefois pas : d’abord par prudence, et aussi parce qu’ après la « lettre d’un théologien », Condorcet ressentira moins la nécessité de s’exprimer sur cette question.
MESMER
Cagliostro
Autour de 1780 on assiste à une floraison de pseudosciences et de charlatanismes divers. En effet, le succès des premières tentatives pour dompter des aspects de la nature encore mal compris (électricité, magnétisme, chimie) permet aux Mesmer et autres Cagliostro d’abuser de la soif du public pour les nouvelles merveilles de la science. (Il est assez triste de constater que le public d’aujourd’hui manque toujours d’une véritable instruction scientifique qui lui permettrait de faire le tri entre vraie et fausse science, cette dernière étant de surcroît bien trop souvent relayée par des médias autrement plus puissants qu’à l’époque, et totalement dénués de scrupules.)
En 1779 Marat, le même qui s’illustrera sous la Révolution par son fanatisme (fanatisme et obscurantisme allant souvent de pair ceci n’est pas pour surprendre) soumet à l’Académie de Sciences un tissu d’inepties où il prétend surpasser Newton (en usant toutefois d’aucune formule mathématique !) et où il relate des prétendues expériences (pas moins de 5000 !). Condorcet fait partie des 4 commissaires nommés par l’Académie pour examiner ces expériences. Leur conclusion est sans appel pour les affabulations de Marat. Ce dernier gardera une rancune tenace contre Condorcet.

Sa vie en quelques dates

17/09/1743 Marie Jean Antoine-Nicolas Caritat de Condorcet naît à Ribemont (non loin de Laon, dans l’Aisne). Il est d’ancienne noblesse militaire, mais sans fortune. Cinq semaines plus tard, son père, le chevalier de Condorcet, capitaine de cavalerie, est tué lors de manoeuvres.
1752 son oncle évêque lui choisit un précepteur à domicile jésuite.
1754 entre à l’internat du collège jésuite de Reims. Bien qu’il n’ait jamais parlé de son cas personnel, Condorcet dénoncera toute sa vie avec force l’éducation jésuite, faite de violences, humiliations, superstitions, et abus sexuels.
1756 élève brillant, il obtient le prix de seconde.
1758 entre au collège de Navarre à Paris, où il découvre les mathématiques et la physique. Il rejette la carrière militaire, de tradition familiale, et choisit de s’adonner à la science, bien moins prestigieuse. L’Abbé Kéroudon, chargé d’enseigner les sciences au collège de Navarre devient son premier pygmallion.
1759 devient bachelier et soutient sa thèse. Parmi ses juges on trouve Bézout et surtout d’Alembert, qui deviendra son mentor.

1760-62 il doit rentrer à Ribemont, où sa famille tente de faire pression sur lui pour qu’il renonce à son projet d’embrasser la science. Il passe son temps à dévorer les travaux d’Euler, Bernoulli et d’Alembert.
1761 présente un essai d’analyse à l’Académie, qui est refusé.
1762 retourne s’installer à Paris chez Kéroudon.
1763 fait la connaissance de Lagrange.

1764 présente un nouveau mémoire d’analyse à l’Académie, qui cette fois est accepté.
1765 « Du calcul intégral » Appréciation de Lagrange : « Le mémoire est rempli d’idées sublimes et fécondes qui auraient pu fournir la matière de plusieurs ouvrages. » Le mémoire de Condorcet porte, entre autre, sur la résolution d’équations aux dérivées partielles par le moyen de séries entières définies par récurrence, ainsi que sur des schémas d’approximation.
1767 « Du problème des trois corps » . fréquente le salon de Julie de Lespinasse, compagne de d’Alembert. S’y rendent également régulièrement Diderot, Condillac et Turgot. Il devient bientôt l’ami intime de Julie et de Turgot.

1769 Elu à l’Académie des Sciences au rang d’adjoint, en remplacement de Bézout, promu associé.
1770 rencontre Voltaire à Ferney. promu associé à l’Académie des Sciences (ce qui ne lui donne toujours droit à aucune rémunération !).

1772 Essai d’analyse remarqué par Lagrange
1773 Devient le secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences
07/1774 « Lettres d’un théologien à l’auteur du Dictionnaire des trois siècles » (pamphlet anticlérical en réaction à une attaque de l’Encyclopédie par Sabatier)
07/1774 Turgot est nommé ministre de la Marine. Il nomme Condorcet directeur des canaux.
24/08/1774 Turgot devient contrôleur général des finances
1775 Condorcet est nommé Inspecteur des Monnaies. Il s’occupe de l’unification des poids et mesures.
1776 Condorcet soumet au ministre Malesherbes un projet ambitieux de réorganisation de la recherche Française. (ne voit pas le jour car Malesherbes démissionne quelques temps plus tard.)
Chute de Turgot.
1778 remporte la moitié de prix de l’Académie de Berlin, dont le sujet est la théorie des comètes. Lagrange remarque que Condorcet n’a remporté la moitié du prix que parce que ses calculs généraux n’étaient appliqués à aucun exemple particulier.
1782 Elu à l’Académie Française, à l’instigation de D’Alembert. Dans son discours de réception il met en avant les concepts-clés de sa philosophie : perfectibilité infinie de l’homme, bienfaits de la science, relation entre raison et vertu. Il proclame que les sciences morales pourraient atteindre au même degré de certitude que les sciences physiques à condition de s’appuyer comme elle sur l’observation et en usant d’un langage précis. Il plaide pour l’abolition de la torture, de l’esclavage, et l’égalité des sexes.
1785 Essai sur l’application de l’analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix.
1786 épouse Sophie de Grouchy, alors âgée de 23 ans.

1788 critique les états-généraux dans « Essai sur la constitution et les fonctions des assemblées provinciales »
1789 manque l’élection aux états-généraux, mais est élu à la commune de Paris. Rédige sa propre déclaration des droits de l’homme. Est un des principaux rédacteurs avec Sieyès, Lafayette et Mirabeau de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

1790 co-fonde « la Société de 1789 »
mai 1790 fait voter avec Brissot et Robin une adresse de la Commune de Paris à l’Assemblée demandant le droit de cité pour les juifs.

1791 élu à la Législative
21/09/1792 Proclamation de la République.
11/10/1792 élu au comité de rédaction de la nouvelle Constitution
15/02/1793 présente son projet de Constitution à la Convention (connu sous le nom de Constitution Girondine)
08/07/1793 décrété d’arrestation par la Convention. Se cache chez Mme Vernet, près du jardin du Luxembourg. Commence à rédiger l’ « Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain », qui passe pour être le testament des Lumières.
27/03/1794 arrêté à Bourg-la-Reine (Bourg-Egalité)
29/03/1794 retrouvé mort dans sa cellule

1795 publication de l’ « Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain »

1802 oeuvres complètes publiées par Mme de Condorcet. Rétablissement de l’esclavage.
1848 Seconde abolition de l’esclavage.
1944 droit de vote accordé aux femmes.
1981 abolition de la peine de mort.
1989 ses cendres sont transférées au Panthéon

Bibliographie

Sites

Sur le site de l’Académie on peut trouver une courte bio et quelques discours prononcés devant l’auguste assemblée :

http://www.academie-francaise.fr/immortels/base/academiciens/fiche.asp?param=261

Une courte biographie sur chronomath :

http://www.sciences-en-ligne.com/momo/chronomath/chrono2/condorcet.html

une bibliographie de Condorcet :

http://www.ecn.bris.ac.uk/het/condorcet/new/Condorcet02.html

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *