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Eloi LAURENT Nos mythologies économiques

Eloi LAURENT

Nos mythologies économiques
(Les liens qui libèrent, 2016)
Eloi LAURENT est économiste à l’OFCE. Il enseigne à Sciences Po et à l’université de Stanford.

« L’économie est une mythologie qui désenchante le monde. Ses fausses certitudes polluent le débat public et empoisonne l’esprit démocratique.
Les mythes économiques détournent les citoyens des véritables enjeux. Ce sont des mystifications politiques. Cet ouvrage espère à la fois immuniser les citoyens et désenvouter les politiques du charme mortifère du néolibéralisme finissant, de la social-xénophobie émergente et de l’écolo-scepticisme persistant. »

La table des matières résume bien certaines idées fausses propagées par la pensée unique.

La mythologie néolibérale
• Une économie de marché dynamique repose sur une concurrence libre et non faussée.
• Il faut produire des richesses avant de les redistribuer.
• L’État doit être géré comme un ménage, ou comme une entreprise.
• Les régimes sociaux sont financièrement insoutenables.
• Les « réformes structurelles » visant à augmenter la compétitivité sont la clé de notre prospérité.

La mythologie social-xénophobe
• Les flux migratoires actuels sont incontrôlables,…
• L’immigration représente un coût économique insupportable
• L’immigration engendre une charge sociale insoutenable
• Le « pauvre blanc du périurbain » est le grand oublié des politiques territoriales
• Il est impossible d’intégrer socialement les immigrés pour des raisons culturelles.

La mythologie écolo-sceptique
• Nos crises écologiques sont exagérées à des fins idéologiques
• Les marchés et la croissance sont les véritables solutions à l’urgence écologique.
• On ne peut pas changer les comportements économiques sans renoncer au libéralisme.
• L’écologie est l’ennemie de l’innovation et de l’emploi.
• La transition écologique est une affaire de riches synonyme d’injustice sociale.

Mon avis.
Un petit ouvrage (105 pages, 12 €) qui nous interpelle sur certaines idées reçues énoncées quotidiennement par le monde politico médiatique.
Facile à lire et très pédagogique. Il ne peut que susciter des débats argumentés entre nous.

Jacques GAUCHER

La gauche ne peut pas porter l’aliénation par le travail!

Un article pour aller un peu plus loin dans le débat actuel sur la loi « Travail »

Faites nous part de vos commentaires.

La gauche ne peut pas porter l’aliénation par le travail!

Thomas PUIJALON
Conseiller municipal Issy et conseiller communautaire GPSO – 1er secrétaire fédéral adjoint du PS 92
– See more at: http://www.puijalon.fr/la-gauche-ne-peut-pas-porter-lalienation-par-le-travail/#sthash.msf05Aqs.dpuf

Quelque chose de surréaliste dans notre débat actuel sur la Loi Travail :
cette contamination d’une partie de la Gauche par cette idée qu’en augmentant le temps de travail on créera de l’emploi… C’est aller à contre-sens total de l’histoire et de la révolution industrielle dans laquelle nous entrons.

En 2013, Michel Rocard avait analysé ce phénomène. Il estimait que 35 heures hebdomadaires c’était encore trop… Et il a raison. Nous sommes entrés dans une révolution industrielle, celle de l’internet des objets, de l’énergie, des transports et de l’intelligence artificielle qui détruira plus d’emplois qu’aucune autre précédemment. Du fait de la robotisation ou de la digitalisation des process de production, de transports et de vente. Des exemples ? Quel supermarché n’a pas ses caisses automatiques aujourd’hui? L’impression papier des billets de train disparaît au profit du billet électronique.
Considérer qu’en augmentant le nombre d’heures travaillées ou en licenciant plus facilement on va lever les freins à l’embauche est une hérésie…
Curieuse mode où ceux qui lorgnaient, il y a quinze ans, sur les sociaux-démocrates d’Europe du Nord ne voient pas qu’en Finlande se profile l’instauration du revenu universel ou qu’en Suède les entreprises négocient pour 6 heures de travail quotidien – et tout le monde s’y retrouve !
A quoi aboutiront ces deux mesures? A augmenter la précarité et à créer une grande vague de licenciements liés à la hausse de la productivité sitôt juin 2017 passé (mais après nous le déluge…), d’une part. Et à aliéner davantage ceux qui ont un emploi par augmentation de la charge de travail sans rémunération supplémentaire. C’est-à-dire qu’ils seront conduits à immobiliser davantage leur force de travail, leur esprit, leur temps au service d’une entreprise qui reconnaît de moins en moins leur créativité, leur personnalité, leur utilité (regardez le rêve de 50% des jeunes aujourd’hui de créer leur propre entreprise!) pour au final payer plus d’impôts pour ceux qui plus nombreux ne parviendront toujours pas à entrer sur le marché du travail. Travailler devient un privilège perdant-perdant dans ce modèle-là!

Nous devons prendre acte de plusieurs choses, liées à l’économie du numérique :
– la place du salariat dans l’économie va connaître une régression sans précédent d’ici 30 ans au profit de l’auto-entreprise;
– détenir un emploi dans une grande entreprise va devenir un privilège ou un effet de niche;
– de plus en plus, il faudra cumuler les activités pour vivre, entre emploi, économie collaborative et autres;
– personne n’envisage malheureusement aujourd’hui de toucher aux privilèges des énarques…
– cette destruction de l’emploi va s’accompagner de “retours aux sources”, c’est-à-dire la fuite des grands groupes pour créer sa propre activité (artisanat, bar…) où l’humain et les relations de proximité jouent un rôle essentiel pour structurer le tissu local
– le travail ne sera plus la valeur centrale organisant la société de demain
– l’Etat aujourd’hui en déséquilibrant le droit au profit des entreprises, par peur du foisonnement créatif lié au numérique, paralyse l’esprit des individus.

En résumé, nous n’aurons d’autre choix que de nous pencher à un moment donné sur ce que font les pays du Nord de l’Europe. La question est : combien de temps encore garderons-nous nos œillères liées à une orthodoxie économique qui a trois paradigmes de retard?
Je ne résiste pas, en guise de conclusion, à vous citer Michel Rocard (2013) in extenso que les enfants gâtés du rocardisme feraient bien de relire :
« Je n’aime pas le mot “crise”. En matière médicale, la crise, c’est le temps fort de la maladie. Employer ce mot laisse supposer qu’on tient pour anormal, surprenant et temporaire la phase dans laquelle on est, et qu’on espère possible un retour à la situation antérieure. Or il ne s’agit pas du tout de cela. Nous sommes devant des évolutions multiples différentes et cumulatives, dont on ne sortira pas sans tout changer. A l’avenir, les choses seront radicalement différentes dans tous les domaines : la nature, les objets, l’activité économique, le temps de travail, les emplois, etc. Parler de crise au singulier est une erreur ».
Je vous rappelle la phrase d’Henry Kissinger : « Depuis l’origine de l’Histoire (soit tout de même 6 000 ans!), jamais aucune génération n’a eu à faire face à autant de défis terribles et simultanés que l’actuelle génération ».  Ce mot de défi est préférable à celui de crise. Et les défis sont nombreux, le premier, et pourtant l’un des moins commentés étant à mon sens la perte de la capacité des économies développées à assurer le plein-emploi.

Un chômage intolérable

Depuis maintenant 20 ans dans tous les pays développés, le chômage ne régresse plus. Il s’est stabilisé entre 5 et 10 % selon les structures sociales, les puissances syndicales, les habitudes des tribunaux en matière de licenciement, les comportements traditionnels patronaux, etc. A ce chômage s’ajoute la précarité. Contrats de durée de travail de quelques semaines, temps partiel non choisi… Les précaires sont deux fois plus nombreux que les chômeurs recensés. Il faut aussi compter les salariés dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté. Chômeurs + précaires + travailleurs pauvres (les catégories se recoupent parfois) englobent près d’un tiers de la population active dans les pays développés
Une situation fondamentalement choquante que l’on ne tolère que par habitude et qui est lourde de menace. La cause de l’expansion de ce sous- emploi tient principalement au ralentissement tendanciel de la croissance économique. Par paliers successifs, cette dernière ne cesse pas de décliner. Le taux de croissance du PIB qui était de 5 % dans les années des Trente Glorieuses est tombé successivement à 4 %, puis 3 % et en dessous de 2 % depuis l’entrée dans le XXIe siècle. Les marchés en forte expansion de l’après-guerre – l’automobile et les équipements blancs et bruns (télévision, machine à laver…) deviennent des marchés de renouvellement à croissance moindre et les marchés des nouveaux produits (téléphones mobiles, ordinateurs …) sont de taille inférieure.
Dans le même temps la hausse du prélèvement actionnarial sur les résultats des entreprises (de 8 à 15 %) est venue ralentir la progression du pouvoir d’achat des salariés alors que ce dernier avait été la clé de la croissance pendant les Trente Glorieuses. Parallèlement, les gains de productivité ont considérablement gonflé. Avec l’informatique, les ordinateurs, les microprocesseurs et les robots, la productivité s’accélère d’un rythme de 2 à 5 % l’an. Un “choc” d’une ampleur considérable sur l’emploi que nous ne savons toujours pas gérer.

Une variable essentielle, la durée du travail

Face à un tel chômage et des perspectives de croissance aussi basses, il n’y a pas d’autre solution que de rouvrir la question de la durée du travail. La durée du travail est un des facteurs de l’équilibre du marché du travail. J’en appelle ici au grand Keynes et non à quelques prophètes barbus ou économistes en colère. En septembre 1930, en pleine crise, l’auteur de la Théorie générale pronostique qu’à la fin du siècle il suffira de 3 heures par jour – ou de 15 heures par semaine de travail salarié – pour que l’humanité subvienne à ses besoins ! Je fais partie de ceux qui ont intégré cette vision : il faut utiliser la variable du temps de travail pour se débarrasser du chômage.
Le problème est qu’en France, la durée du travail fait partie de ces sujets tabous qui lorsqu’on les aborde suscitent toutes sortes de débordements. Placez le sujet dans la conversation, l’intelligence, la nuance, la précaution disparaît, le ton monte, on s’apostrophe, on cite des chiffres de partout sans vérifier s’ils sont comparables ou compatibles entre eux et on profère souvent des absurdités. De grâce cessons de nous quereller, et réfléchissons au sujet avec tranquillité. Que les pouvoirs publics et les syndicats n’en appellent d’abord plus à la loi pour traiter la question. Et que le monde patronal accepte ensuite l’idée que la durée du travail est un des facteurs de l’équilibre du marché du travail.

Le recours néfaste à la loi

L’histoire de l’évolution de la durée du travail est partout la même. On part de 4 000 heures par an au milieu du XIXe siècle – soit 17 heures par jour samedi compris, sans congé, l’esclavage ! – pour passer à 3 000 heures par an au tournant de 1900. La durée remonte un peu après la Deuxième Guerre mondiale en raison de l’effort de reconstruction autour de 2 000 heures, puis à partir des années 50 elle reprend son mouvement à la baisse si bien qu’à l’exception du Japon, partout en Europe et en Amérique du Nord, elle se situe désormais entre 1 700 et 1 600 heures. Or pour y parvenir, il n’y a qu’en France qu’on a eu recours à la loi car dans les autres pays, le processus a été “naturel” et négocié.
La loi sur les 40 heures de 1936 a été tellement maladroite qu’elle a fait baisser la production. Elle ne sera d’ailleurs effective qu’à partir de 1948. Il y a eu ensuite l’épisode des 39 heures payées 40 en 1982. Une variation de moindre ampleur avec moins de dommages sauf celui d’avoir découragé les quelques patrons et syndicalistes qui s’apprêtaient à négocier. Puis survint la loi sur les 35 heures qui a provoqué un affrontement hautement politisé, avec une charge symbolique extrême entretenue par les médias. Quinze ans plus tard, on n’a toujours pas fait convenablement le bilan de cette loi et encore moins l’analyse de ce qui a été fait et pourquoi. Toutes les grandes entreprises françaises sont aux 35 heures, ou en dessous alors que la quasi-totalité des PME ont refusé d’y aller et sont restées à 37 ou 38 heures.
Si bien qu’en raisonnant sur l’ensemble des salariés, y compris ceux travaillant à temps partiel, la durée moyenne de travail s’établit autour de 36,5-37 heures en France contre 33 heures en Allemagne, 32 en Grande-Bretagne et en dessous de 31 heures aux Etats-Unis à la fin 2012. Or ces 36,5-37 heures françaises sont corollaires avec nos 5 millions de chômeurs, toutes catégories de demandeurs d’emploi confondues !
Pour la semaine de 4 jours
L’idée qu’autour d’un horaire déterminé – que ce soit 36, 35 ou 32 heures – on réaliserait instantanément le plein-emploi – et qu’on pourrait donc s’arrêter là – est une idée idiote. Je suis moins à la recherche d’un chiffre symbole que d’un processus intelligent, négocié et accepté pour pousser à la baisse aussi loin qu’il le faudrait. Or il se trouve que pour résorber significativement notre chômage, passer aux 35 heures ne suffit pas. De plus, une demi-heure de moins de travail par jour ne présente pas de réel avantage pour un travailleur qui consacre souvent beaucoup plus de temps à son trajet domicile-travail.
Ce qui peut avoir de l’intérêt, c’est de disposer d’une journée complète de libre. S’occuper des enfants, bricoler, se cultiver, ca peut compter et ça soulage une famille. C’est cette double idée qui nous a conduit Pierre Larroturou et moi-même – à accepter la symbolisation autour de la semaine de 4 jours (4 jours à 8 huit heures font 32 heures). Mais ces 32 heures n’ont pas plus de vertus symboliques que les 35 heures. Il se trouve tout simplement que ce chiffre est en meilleure correspondance avec notre niveau de chômage à combattre et avec un modèle d’application plus facile que celui des 4 journées de travail.
Travailler plus mais tous ensemble.
D’ores et déjà, environ 400 grosses PME ont choisi d’être à 32 heures pour leur plus grand bénéfice car en général l’usine tourne 6 jours, ou au moins 5 et demi et avec au global plus de personnel au travail. Ce schéma n’est en rien malthusien puisqu’il vise au contraire à accroître le nombre global d’heures travaillées. “Travailler plus pour gagner plus !”
Jamais Sarkozy, pas plus d’ailleurs que ses ministres, n’ont précisé si cette formule s’appliquait au niveau individuel ou à l’échelon collectif. Du temps des années de forte croissance des années 60 et du début 70, la population active salariée travaillait de l’ordre de 41 milliards d’heures de travail. Aujourd’hui, avec 5 millions de demandeurs d’emploi, le nombre d’heures fournies n’est plus que de 37 milliards. Ce sont ces heures perdues qu’il faut retrouver. Pour revenir au plein-emploi et à ces 41 milliards d’heures, un simple calcul permet de déterminer la durée du travail idoine. Ce n’est pas ma faute si l’arithmétique fait que tous ensemble veut dire qu’on tombe à 32 heures, sinon moins !
Travailler beaucoup plus mais, tous ensemble collectivement et moins individuellement, voilà la solution. Je suis prêt à en discuter avec tous ceux qui acceptent les chiffres à la base de ce raisonnement.

Esclaves et négriers

Dans le contexte de la projection du film « La ligne de Couleur » au cinéma « La turbine » à Cran Gevrier

Pour en savoir plus sur une page sombre de l’histoire du monde.

Esclaves    et négriersesclaves

Jean MEYER         Découvertes Gallimard n°11 histoire

Quatrième de couverture
Au XVIème siècle, se met en place le commerce triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique.
La traite négrière saigne l’Afrique : 15 à 20 millions d’hommes et de femmes déportés en trois siècles vont faire prospérer les plantations des grandes puissances coloniales.
Mais la résistance des esclaves à leur condition (révoltes spontanées ; insurrections ; désertions ; marronages) ainsi que le mouvement abolitionniste impulsé par les anglais à la fin du XVIIIème siècle entame le système esclavagiste.
En France, après une tentative de courte durée entre 1794 et 1802, il faut attendre 1848 et Victor SCHOELCHER pour que la République proclame l’abolition de l’esclavage « dans toutes les colonies et possessions françaises ».

L’auteur : Jean MEYER est universitaire, professeur émérite d’histoire.
Dans cet ouvrage, il retrace le gigantesque trafic et ses enjeux économiques, la féroce exploitation de l’homme noir par l’homme blanc, le difficile combat et la victoire au nom de l’universalité des principes de liberté et d’égalité.

Mon avis :
Un petit ouvrage très illustré et remarquablement documenté qui nous retrace l’historique, l’ampleur et la violence de ce « commerce triangulaire ».
A la fin, on trouve dans témoignages et documents, plusieurs textes, dont :
• Le « Code noir » de 1985
• Trois extraits de Montesquieu, Voltaire et CONDORCET (Réflexions sur l’esclavage des nègres, 1881)
• Différents textes du mouvement abolitionniste français, au XIXème siècle.

Jacques GAUCHER