Révolution numérique : quelques pistes de lectures

Révolution numérique :

quelques pistes de lectures

 Pour comprendre les enjeux et tenter de s’y retrouver, entre les « technophobes » très pessimistes et les technophiles enthousiastes.  Cependant, je pense qu’il faut être prudent sur l’approche « prophétique » de certains auteurs qui « surfent » sur la vague de l’intelligence artificielle et le transhumanisme.

« La prévision est un art difficile, surtout en ce qui concerne l’avenir » Citation attribuée au physicien  Niels BOHR

Certains ouvrages proposés ne sont pas très récents, mais restent, selon moi, très pertinents. Mes avis, très subjectifs, sont en italique. Certains ouvrages ont déjà fait l’objet d’articles sur notre site dans la rubrique « Vu, lu, entendu pour vous »

 

Monique ATLAN et Roger POL-DROIT ; « Humain »

(Poche Flammarion champs essais, 2014, 726 pages, 12 € )
Un « pavé » de 700 pages, à consommer tranquillement, à petites doses. Ce n’est pas un pensum philosophique aride, mais un ensemble concret et explicite de présentation sur chaque question soulevée. Les auteurs dialoguent avec des personnalités originales et atypiques, très compétentes et très claires dans leurs explications comme dans leurs questionnements.  Un panorama très complet, humaniste, et accessible des recherches actuelles sur les nouvelles technologies. A lire pour tenter de comprendre la « convergence entre les recherches sur les nouvelles technologies ». Argumente le pour et le contre. Daté, mais reste incontournable.

 

Luc FERRY : « La révolution transhumaniste »

(Plon 2016, 2013 pages, 17,90 €) et j’ai lu
Cet ouvrage est une première approche pour un sujet complexe. L’auteur présente le pour et le contre du transhumanisme, mais me semble optimiste sur une régulation possible de cet emballement scientifique. Le lien avec l’économie dite collaborative est artificiel. Mais les deux sujets abordés sont passionnants. La conclusion, plus philosophique est plus intéressante . Mais l’auteur reste cependant très superficiel et se complait dans la mode : « le transhumanisme est pour demain »

Marc DUGAIN et Christophe LABBE :

« L’homme NU »

(Pocket 2017, 7 €, 192 pages)
Une enquête rondement menée, entre la Californie et la vieille Europe. Où il apparait que les GAFA (GOOGLE, APPLE, FACEBOOK, AMAZON), sociétés du « septième continent », collectent des milliards de données (les « big data »), via internet, sur nos ordinateurs, tablettes et smartphones. Se lit comme un « polar ».
On les appelle les big data. Google, Apple, Facebook, Amazon, ces géants du numérique qui aspirent, à travers Internet, smartphones et objets connectés, des milliards de données sur nos vies.
Derrière cet espionnage existe un  » pacte secret  » scellé par les big data avec l’appareil de renseignement le plus redoutable de la planète. Ensemble, ils sont en train d’enfanter une entité d’un genre nouveau, une puissance mutante qui ambitionne ni plus ni moins de reformater l’Humanité. Pour les big data, la démocratie est obsolète, tout comme ses valeurs universelles. C’est une dictature inédite qui nous menace : une Big Mother bien plus terrifiante encore que Big Brother.

Dr Laurent ALEXANDRE :

« La guerre des intelligences »

Intelligence artificielle versus intelligence humaine.
(JC Lattes, 2017, 340 pages, 20,90 €)
Mon avis
L’auteur se présente comme un spécialiste des révolutions technologiques et de leurs enjeux. Il semble très médiatisé. Je viens de terminer cet ouvrage, qui me laisse très perplexe. Brillant facile à lire, mais agaçant sur bien des points. Il annonce comme une évidence incontournable, une vision de l’avenir qui est celle des « gourous » de la Silicon Vallée, avec beaucoup de références à la science-fiction. Or cette « apocalypse » est loin d’être une réalité scientifique. La recherche va moins vite que ce qu’il prétend. Plus inquiétant, il a une approche « eugéniste » de l’évolution de l’humain et de l’éducation des enfants qui me semble particulièrement inquiétante.
A éviter comme première lecture sur la révolution numérique, mais à lire avec un regard critique par ceux qui connaissent déjà bien le sujet.

Une critique, lue sur le site AMAZON, que je trouve très pertinente ParDaniel BBle 8 octobre 2017

Le docteur Alexandre alterne le pire et le meilleur. Il dit des choses très justes et très intéressantes, et ensuite … il gâche tout. Depuis qu’il a compris que faire peur aux gens faisait vendre, il fait peur. La mort de la mort, la mort du réel, la mort du journalisme … il annonce la mort de quelque chose tout les jours sur twitter. Admettons, il dramatise, il n’est pas le seul.
Mais voilà, sur l’intelligence artificielle, il dit bêtise sur bêtise. Le docteur Alexandre est urologue. Il a fondé un forum médical qu’il a revendu une petite fortune. Voilà. Il n’a jamais tapé une ligne de code de sa vie. Alors que le monde se digitalise et que comprendre l’informatique devient vital, il préconise … de ne pas apprendre à coder…..Bref, le docteur Alexandre, sur l’IA, écrit beaucoup, beaucoup de bêtises. Il est régulièrement renvoyé dans ses buts par des spécialistes, des vrais, qui ont un discours beaucoup, beaucoup plus mesuré sur le potentiel de l’IA. Dommage tout ça, parce que tout n’est pas pour autant à mettre à la poubelle : il met parfois dans le mille. Mais il n’est pas assez rigoureux intellectuellement. Est-ce que ses conférences et ses passages télés lui sont monté au cerveau ?

Gérard BERRY :

« L’hyperpuissance de l’informatique », algorithmes, données, machines, réseaux.

(Odile Jacob, 206 pages, 35 €)
Gérard BERRY est informaticien, professeur au Collège de France (chaire algorythmes, machines et langages.
Quatrième de couverture (extrait)
C’est à décrire et à analyser les fondements de l’hyperpuissance de l’informatique que Gérard Berry se consacre dans ce livre qui fera date. Il montre en effet de façon non technique comment la science et la technologie informatiques mettent l’information au cœur de l’action, qu’elle soit produite par les hommes ou par les machines. Algorithmes, données, machines et réseaux conduisent surtout à un nouveau schéma mental bien différent de celui des siècles précédents, qui confère un pouvoir étonnant à ceux qui le comprennent et l’organisent. Pour donner concrètement à comprendre le mode de pensée inhérent à l’informatique, Gérard Berry passe en revue cinq domaines de transformations massives : les télécommunications, Internet, la photographie et la cartographie, l’informatisation de la médecine, et celle en cours de toutes les sciences. Il analyse ensuite en détail deux dangers de l’informatique, les bugs et les trous de sécurité, qui peuvent parfois transformer des systèmes informatisés en dangers publics, et montre comment la science moderne permet de mieux contrôler ces dangers. Enfin, l’auteur donne sa vision de l’évolution de l’informatique, bien loin des fantasmes trop souvent partagés. Pour la première fois, un livre qui explique tout de l’informatique, de son monde, ses fondements, ses applications, et la révolution qu’elle représente.
Mon avis
Je viens de commencer à lire cet ouvrage, très scientifique, sérieux et cependant lisible par un lecteur non spécialiste.
Enfin des définitions claires, des approches argumentées et illustrées par des exemples. Un vrai travail de bonne vulgarisation scientifique, loin des « utopies délirantes » de certains auteurs à la mode (dont ceux cités dans cet article).
Plus de 500 pages, mais un retour aux fondamentaux de l’informatique, depuis Alan TURING, jusqu’à aujourd’hui. L’auteur, en vrai scientifique sait avouer son ignorance sur certains points et défendre ses idées. Il insiste particulièrement sur la formation des jeunes à une « culture informatique » indispensable pour comprendre ce monde de demain qui sera le leur. A lire pour réellement comprendre l’informatique, au-delà de la mode du « numérique ».
Mais attention c’est pratiquement un « cours d’informatique » certes très clair, mais plutôt fait pour des scientifiques ou des lecteurs passionnés par l’informatique. En fait, un livre  plus scientifique que philosophique.

 

« Le cercle » Dave Eggers

(Folio)

Voir articles sur notre site avec « La transparence, mal du cercle, article du Monde »
Un roman captivant, facile à lire, très américain, et qui change notre vision du web.  Une vision, d’abord séduisante, puis glaciale,  du fonctionnement interne des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). « Big Brother » a remplacé sa moustache par un sourire et un t-shirt cool, et prétend seulement vouloir vous aider et améliorer votre quotidien…
Comment lui dire non ?

 

Jean-Michel BESNIER 

« Demain les posthumains »

Le futur a-t-il encore besoin de nous ?

Jean-Michel Besnier est professeur de philosophie à l’université Paris-Sorbonne (Paris IV) et membre du Centre de recherche en épistémologie appliquée (le CREA, laboratoire de l’École polytechnique et unité du CNRS). Il appartient aux comités d’éthique du CNRS (le COMETS) et de l’INRA (le COMEPRA).

L’homme cédera-t-il la place dans un futur proche à des créatures de son invention, mi- machines, mi- organismes, posthumains issus du croisement des biotechnologies, des nanotechnologies, de l’intelligence artificielle et de la robotique ? Cette perspective est chaque jour un peu moins de la science-fiction et fait rêver les uns tandis qu’elle inquiète les autres. L’auteur présente le posthumanisme comme inéluctable et, de ce fait, propose de définir ce que serait une éthique délivrée des mythes de l’humanisme classique (l’intériorité et l’obligation morale), une éthique post humaniste, peut-être nécessaire dans le monde d’aujourd’hui.
Avec le recul, je trouve cet auteur très inquiétant, dans sa vision d’un monde déshumanisé.

Cédric BIAGINI « L’emprise numérique » :

Comment internet et les nouvelles technologies ont colonisé nos vies   

Cédric BIAGINI anime les éditions « L’échappée ». Il écrit dans les journaux : « La décroissance » et « Offensive ». Il est coauteur de : « La tyrannie  technologique », critique de la société numérique »

L’utopie libérale se réalise grâce à la révolution numérique en cours. Les nouvelles technologies recomposent le monde selon leur propre logique, celle de la performance et de l’efficacité. Elles renforcent le règne de la compétition et l’exigence d’aller toujours plus vite, de se mobiliser intégralement pour son entreprise et sur les  » réseaux sociaux « , d’être capable de s’adapter à toutes les évolutions technoculturelles, sous peine d’être exclu. L’homme numérique croit avoir trouvé l’autonomie en se débarrassant des pesanteurs du vieux monde matériel. » Enfin libre ! « , alors qu’au contraire, il dépend de plus en plus de dispositifs technoscientifiques. Pour rester dans la course et tenter de maîtriser un réel qui lui échappe, il multiplie les machines. Mais ce sont elles qui désormais le possèdent.
Un auteur engagé, dans un combat « alternatif » pour contrer la toute-puissance des GAFAM. Très documenté et bien argumenté, plus original, loin de la mode actuelle.

Jean-Michel BESNIER et Laurent ALEXANDRE

Les robots font-ils l’amour ?

Le transhumanisme en 12 questions DUNOD (143p ; 12,90 €)

Jean-Michel BESNIER Professeur de philosophie à l’université Paris Sorbonne. Membre du conseil scientifique de l’institut des hautes études pour la science et la technologie (IHEST) et du MURS (Mouvement universel pour la responsabilité des scientifiques)

Laurent ALEXANDRE Chirurgien urologue et chef d’entreprise (NBIC Finances). Auteur, il écrit pour le supplément Science&Santé du Monde

Un titre provocateur, bien dans le style des deux auteurs. Cependant, un  dialogue vivant et argumenté entre deux spécialistes( ?) des dernières nouveautés sur les nouvelles technologies et le transhumanisme. Mais il reste très superficiel, et bien trop naïf sur un avenir impossible à prévoir réellement.

 

Eric SADIN  La vie algorithmique,

critique de la raison numérique
(L’échappée, collection « Pour en finir avec », 288 pages, mars 2015.)
Ce livre examine, en s’appuyant sur une foultitude d’exemples, la quantification et la marchandisation intégrales de la vie qui s’instituent, soutenues par l’industrie du traitement des données, aujourd’hui dotée d’un pouvoir qui perturbe nombre d’acquis démocratiques fondamentaux.
Avec une rare lucidité et une écriture d’une précision clinique, Éric Sadin dévoile les impensés, analyse les processus en cours, dresse une cartographie détaillée des forces à l’œuvre… Observations et réflexions qui dessinent une nouvelle condition humaine, et en appellent à la politisation des enjeux induits par la puissance toujours plus totalisante détenue par les systèmes computationnels.
L’ouverture de l’ouvrage : « un monde parfait » (voir article sur le site) est une fable prophétique très parlante et cependant parfaitement réalisable dans un proche avenir.

 

A mon avis  Eric SAIN est un auteur bien plus solide et crédible que les précédents

Éric SADIN : « La silicolonisation du monde »

L’irrésistible expansion du libéralisme numérique

(Editions l’échappée (17€).

Le philosophe Éric SADIN dénonce la vision du monde du tout-numérique qui contrôle insidieusement nos vies pour en tirer des profits colossaux.
Il définit la « silicolonisation » du monde, comme contraction de deux mots : la Silicon Valley, lieu mythique du développement du numérique aux Etats Unis, et colonisation, tant la réussite industrielle de ces produits colonise le monde selon lui. Son dernier essai est une charge contre les Facebook, Apple et autres Amazon qui contrôlent subrepticement nos vies pour en tirer des services via les applications et générer des profits à une échelle jamais atteinte auparavant.
Mon avis : Une vision plus « politique » mais aussi crédible et argumentée, de l’énorme influence des GAFAM.

 

 

 

 

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